Dioncounda
Traoré a été investi jeudi comme président intérimaire au Mali et a
d'emblée menacé d'une "guerre totale et implacable" les rebelles touareg
et les groupes islamistes armés qui occupent tout le nord du pays.
Peu de temps après son investiture, les neuf responsables politiques
maliens détenus à la suite du coup d'Etat militaire, dont cinq
ex-ministres, ont été libérés.
L'Union africaine "a exprimé sa satisfaction" devant ce retour à l'ordre
constitutionnel consacré à Bamako après le putsch du 22 mars contre le
président Amadou Toumani Touré (ATT). Washington a également salué
l'investiture de M. Traoré.
Mais la crise au Nord s'aggrave. Des ministres ouest-africains se sont
retrouvés jeudi à Abidjan pour envisager l'envoi d'une force militaire
régionale.
Le président français Nicolas Sarkozy a de son côté estimé vendredi
qu'il fallait "tout faire" pour éviter que ne se forme un "Etat
terroriste ou islamique" au Sahel, tout en excluant une intervention
militaire française directe.
"Il faut tout faire pour éviter la constitution d'un Etat terroriste ou
islamique au coeur du Sahel", a déclaré sur I-Télé M. Sarkozy. "Je ne
pense pas que ce soit à la France" d'intervenir militairement, a-t-il
ajouté, précisant toutefois que la France pouvait "aider" une telle
opération.
Ex-président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré a prêté serment
dans la matinée lors d'une cérémonie au Centre international de
conférence de Bamako, devant plusieurs centaines de personnes.
Le chef de l'ex-junte, le capitaine Amadou Sanogo, en uniforme, était à
ses côtés. Egalement présents: des représentants des institutions, des
partis politiques et de la société civile, ainsi que des membres de la
médiation de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest
(Cédéao).
"Je jure devant Dieu et le peuple malien de préserver le régime
républicain", de "respecter et faire respecter la Constitution" et
"l'intégrité du territoire du Mali", a lancé solennellement le nouveau
chef de l'Etat, sur une estrade aux couleurs vert-jaune-rouge du drapeau
malien.
Des mots qui ont une résonance particulière alors que le Mali traverse
sa plus grave crise depuis la prise du Nord il y a moins de deux
semaines par des groupes armés.
"J'ai conscience d'être président d'un pays en guerre", a déclaré M. Traoré dans son discours.
Il a appelé "avec insistance" et "avec fermeté" les groupes armés à
"rentrer dans les rangs", à "arrêter toutes ces exactions, ces pillages,
ces viols", à quitter "pacifiquement les cités qu'ils ont occupées".
Bouter Al-Qaïda hors du Mali
Ils refusent, "nous n'hésiterons pas à mener une guerre totale et
implacable" et à "bouter hors de nos frontières tous ces envahisseurs
porteurs de désolation et de misère, que sont Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb
islamique)" et ses "preneurs d'otages", ainsi que "tous ces trafiquants
de drogue", a-t-il averti.
"Nous ne négocierons jamais la partition du Mali", a-t-il promis.
Les ministres des Affaires étrangères du G8 réunis à Washington se sont
eux dits "profondément préoccupés" par la "détérioration de la
situation" dans le nord du Mali, tandis que des ministres de la Cédéao
ont rappelé "l'intangibilité des frontières" du pays.
Sur le plan politique, les responsables politiques détenus à la suite du
putsch ont été libérés. Le capitaine Moussa Dindo, proche de la junte
qui vient de transférer officiellement le pouvoir aux civils, a déclaré à
l'AFP: ""Conformément à nos engagements, nous venons de libérer tous
les détenus".
Les familles de deux détenus ont confirmé ces propos.
Ces personnalités et anciens ministres du régime déchu d'Amadou Toumani
Touré, parmi lesquels celui des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye
Maïga, et le maire du district de Bamako, Adama Sangaré, étaient détenus
au camp militaire de Kati, près de Bamako, quartier général des
putschistes.
Le président par interim doit de son côté nommer un Premier ministre
doté des "pleins pouvoirs" et former un gouvernement d'"union
nationale", auquel pourraient participer des membres de l'ancienne
junte, selon la médiation.
Les "modalités" de la transition, dont la durée reste inconnue, doivent
être définies lors d'une réunion ce week-end à Ouagadougou entre le
président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur nommé par la Cédéao, et
la classe politique et les ex-putschistes.
A Abidjan, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la
Cédéao étaient réunis pour réfléchir à l'envoi d'une éventuelle force
militaire régionale au Nord.
Le Nord est entre les mains des rebelles touareg du Mouvement national
de libération de l'Azawad (MNLA), de groupes islamistes armés, Ansar
Dine en particulier, qui est appuyé par Aqmi, de trafiquants et de
divers groupes criminels, plongeant dans l'inquiétude toute l'Afrique de
l'Ouest.
La situation humanitaire est chaque jour plus alarmante.
"A moins de progrès rapides dans les prochains jours pour ouvrir un
espace humanitaire et permettre des approvisionnements en nourriture et
médicaments dans le nord du Mali, il y aura une catastrophe humanitaire
majeure qui pourrait se répercuter sur les pays voisins", a averti la
Commission européenne.
De Genève, la Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi
Pillay, s'est déclarée "vivement préoccupée par les rapports
ininterrompus faisant état de graves violations de droits de l'homme"
dans le Nord, mentionnant "des civils tués, dépouillés, violés et forcés
de fuir" ainsi que des pillages, un exode de populations et des
"tensions accrues entre groupes ethniques".
Et les islamistes d'Ansar Dine ont pris le contrôle du plus important
centre de manuscrits historiques de Tombouctou (nord-ouest du Mali),
classé au patrimoine mondial de l'Unesco, selon des sources
concordantes.
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