mardi 6 mars 2012

Libérée de Kadhafi, la Libye s'enfonce dans le chaos

BENGHAZI, Libye (AP) — Six mois après la chute de Moammar Kadhafi, le gouvernement de Tripoli s'avère incapable de diriger la Libye, et l'instabilité n'a fait qu'empirer. D'autres pays qui se sont débarrassés de leurs dirigeants dans les révoltes du printemps arabe -l'Egypte, la Tunisie et le Yémen- passent par des périodes de transition difficiles, mais aucun n'a connu un effondrement de l'autorité centrale comme en Libye.

Aujourd'hui, une bonne partie du pouvoir est détenue par les villes, les régions, mais aussi les milices et les tribus.

Après la chute du régime du colonel Kadhafi, les Libyens espéraient que leur pays, qui compte six millions d'habitants, devienne un nouveau Dubaï, avec une population réduite, regorgeant de pétro-dollars et attirant comme un aimant les investissements. Maintenant, ils craignent de connaître une situation similaire à celle de la Somalie, une nation qui n'a pas eu de véritable gouvernement depuis plus de vingt ans.

Si la Libye devrait éviter l'éclatement, elle pourrait en tous cas être condamnée à des années d'instabilité alors qu'elle se remet de quatre décennies de pouvoir de Moammar Khadafi, qui dressait les gens les uns contre les autres, les villes contre les villes, et les tribus contre les tribus. Le ressentiment et l'amertume qu'il a suscités se traduisent aujourd'hui par une anarchie générale.

"Ce que Kadhafi a laissé en Libye depuis 40 ans est un héritage très, très lourd", affirme Mustafa Abdul-Jalil, président du Conseil national de transition (CNT) qui, en théorie, dirige la Libye, mais qui en fait ne parvient même pas à contrôler la capitale, Tripoli. "C'est dur de surmonter ça en un an ou deux, ou même en cinq ans".

Partout, on peut voir des signes de la faiblesse du gouvernement. Tripoli reste sous le contrôle d'ex-révolutionnaires devenus miliciens, qui ont décliné les offres visant à les intégrer dans une armée nationale.

Koufra, situé dans une zone désertique du sud-est du pays, est le théâtre de violents combats entre deux tribus rivales, l'une arabe et l'autre africaine, qui ont fait plusieurs dizaines de morts en deux semaines le mois dernier.

Misrata, la troisième ville du pays, à seulement deux heures de route de la capitale, est gouvernée de manière autonome, avec des milices ignorant les demandes du gouvernement et n'hésitant pas à avoir recours à des méthodes brutales pour se venger de quiconque suspecté d'avoir soutenu le colonel Kadhafi.

Dans un garage de Misrata transformé en prison par des miliciens, un détenu, Abdelkader Abdel-Nabi, a les doigts coupés. Il affirme que des miliciens lui ont fouetté la main avec une cravache jusqu'à ce que ses doigts soient tranchés.

"Ensuite, ils m'ont jeté du haut des escaliers alors que j'avais la main en sang", raconte-t-il. Ceux qui l'interrogeaient voulaient qu'il avoue avoir collaboré avec les forces de Kadhafi pendant la guerre civile, l'an dernier, et contribué aux meurtres de combattants insurgés.

Quelque 800 autres détenus sont incarcérés dans cet endroit, que l'Associated Press a été autorisée à visiter. Les prisonniers sont accusés d'être impliqués dans des tueries, tortures, viols et autres crimes commis sous l'ère Kadhafi. Actuellement, il n'y a pas de tribunal capable de les juger, alors les détenus sont totalement à la merci des miliciens.

Des médecins travaillant dans un dispensaire mis sur pied dans le garage disent avoir soigné plusieurs dizaines de détenus torturés pendant des interrogatoires. Un médecin s'exprimant sous couvert d'anonymat affirme qu'il a vu neuf prisonniers dont les organes génitaux ont été coupés, alors que d'autres ont reçu des décharges électriques.

Ces violences et cette anarchie témoignent de la faiblesse du CNT, constitué de représentants venus de toute la Libye. Le CNT est censé superviser la transition vers la démocratie après la chute de Kadhafi, notamment l'organisation d'élections prévues pour le mois de juin. Mais l'instance est elle-même minée par les divisions, alors que du côté de Benghazi (est), certains dirigeants sont tentés par la création d'une "union fédérale" qui leur donnerait une grande autonomie.

Quant à Mustafa Abdul-Jalil, le président du CNT, beaucoup lui reprochent son manque d'autorité. Il reconnaît avoir commis des erreurs. "Mais la raison, c'est la démocratie (...) Pour chaque décision, je dois avoir le vote" des 72 membres du CNT, assure-t-il. AP

lundi 5 mars 2012

La démocratie sénégalaise sur la bonne voie

Editorial | Il y a des banalités électorales qu'il faut saluer, en Afrique notamment. Le 26 février, les Sénégalais ont voté dans le calme et la transparence pour le premier tour de l'élection présidentielle. Les résultats ont été immédiatement acceptés par toutes les parties en présence, qui préparent maintenant le duel final. Il faut s'en féliciter.

Le président sortant et candidat, Abdoulaye Wade, a vu là le signe que son pays "reste solidement ancré dans le cercle restreint des démocraties modernes, majeures et apaisées". Prenons-le au mot, car ce ne fut pas toujours grâce à lui. Il y a en effet une certaine ironie à l'entendre dire que ce scrutin a "apporté un démenti à tous les oiseaux de mauvais augure qui s'étaient empressés d'appeler au chevet d'un Sénégal qui serait agonisant". "Le Vieux", comme l'appellent affectueusement les Sénégalais, visait notamment les Etats-Unis, la France (ancienne puissance coloniale) et l'Union européenne, qui s'étaient publiquement inquiétés des conditions du vote. Il ciblait ceux qui avaient joint leurs voix à l'opposition sénégalaise pour contester la légalité de sa candidature à un troisième mandat.

Or il y avait des raisons d'être inquiet. La campagne électorale fut meurtrière : au moins six morts - des manifestants tombés sous les coups, les roues ou les balles des forces de l'ordre. Un bilan choquant au Sénégal. Surtout, on prêtait au président la volonté de se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Sa façon de répéter qu'il allait l'emporter au premier tour malgré l'usure du pouvoir qu'il occupe depuis 2000 ; malgré sa défaite aux législatives de 2009 ; malgré son âge avancé ; malgré le vide qu'il a fait autour de lui ; malgré ses tours de passe-passe constitutionnels répétés. Tout cela sentait la magouille électorale à venir. Il n'en fut rien, tant mieux.

Cela prouve surtout que la démocratie sénégalaise et ses contre-pouvoirs ne fonctionnent pas si mal. Elle l'avait déjà démontré en juin 2011. L'opposition politique, la société civile, la presse, les étudiants et les rappeurs s'étaient levés pour bloquer une loi qui aurait permis au président sortant de se faire réélire avec seulement 25 % des voix et d'ouvrir la voie à une transmission héréditaire de la présidence à son fils Karim. Abdoulaye Wade s'était piteusement replié. La mobilisation de ces mêmes forces pour surveiller le bon déroulement du vote (ainsi que le déploiement d'observateurs internationaux) a abouti à un résultat transparent, le 26 février.

Il ne reste plus qu'à espérer un second tour - le 18 ou le 25 mars - aussi paisible. Abdoulaye Wade l'abordera en ballottage défavorable face à Macky Sall (50 ans), un de ses anciens premiers ministres, libéral comme lui. Par le jeu des alliances, M. Sall apparaît le mieux placé pour devenir le quatrième président du Sénégal depuis l'indépendance, en 1960.

En cas d'échec, souhaitons qu'Abdoulaye Wade se rappelle l'hommage qu'il a lui-même prononcé au lendemain du premier tour sur la solidité de la démocratie sénégalaise. Et qu'il respecte le verdict des urnes. En attendant, la vigilance est toujours de mise.


Rapport: 47% des Africains noirs vivent avec moins de 565 Fcfa par jour

Selon la Banque mondiale, l'Afrique au Sud du Sahara continue d'être la zone du monde où l'extrême pauvreté des populations reste encore accrue.

565 fcfa. C'est la somme avec laquelle les populations africaines au Sud du Sahara vivaient chaque jour entre 2005 et 2008. C'est en fait la proportion de la population de cette partie du monde vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, selon les estimations de la Banque mondiale rendues publiques mercredi 29 février 2012. L'institution de Bretton Woods mentionne cependant que c'est un chiffre en amélioration. « Pour la première fois depuis 1981, mentionne la Banque mondiale, moins de la moitié de la population vivait sous le seuil de 1,25 dollar par jour ». Cette proportion s'établissait à 51 % en 1981. Elle a diminué, toujours d'après ce rapport, de 10% en Afrique subsaharienne depuis 1999. En 2008, il y avait 9 millions d'Africains noirs de moins qu'en 2005 qui vivaient sous ce seuil, considéré par la Banque mondiale comme le seuil d'extrême pauvreté.

Si cette proportion a diminué, il n'en demeure pas moins que l'Afrique subsaharienne reste la zone la plus pauvre au monde. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la proportion de la population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour s'établissait à 2,7% en 2008. Soit environ 8,6 millions de personnes. Ils étaient 10,5 millions en 2005 et 16,5 millions en 1981. Même les zones où certains clichés d'extrême pauvreté sont souvent présentés ont de très bons scores. En Amérique latine et aux Caraïbes, l'on est passé du sommet de 14% en 1984 à son taux le plus bas jusqu'ici, soit 6,5% en 2008.


Diminution de l'extrême pauvreté

De manière globale, informe la banque mondiale, le pourcentage de la population extrêmement pauvre a diminué dans toutes les régions du monde. Mais, les chiffres montrent tout de même que la situation est encore préoccupante. C'est en effet 1,29 milliard de personnes dans le monde qui vivent encore, du moins en 2008, avec moins de 1,25 dollar par jour, soit 22% de la population mondiale. Cette baisse générale observée sur un cycle de trois ans constitue une première depuis que la Banque mondiale a commencé à recueillir des données sur l'extrême pauvreté. Cette mise à jour s'appuie sur les résultats de plus de 850 enquêtes menées auprès des ménages dans près de 130 pays. Et l'année 2008 est la date la plus récente pour laquelle on peut établir une valeur globale.

« Une analyse plus récente portant sur la période postérieure à 2008 révèle que si les crises alimentaires, énergétiques et financières qui ont frappé au cours des quatre dernières années ont par moments eu de graves incidences sur les populations vulnérables et ralenti le rythme de réduction de la pauvreté dans certains pays, la pauvreté a continué de baisser à l'échelle mondiale », peut-on lire dans une synthèse de ce rapport. Le seuil de 1,25 dollar par jour correspond à la moyenne des 10 à 20 pays les plus pauvres du monde. Le seuil de 2 dollars par jour, seuil médian des pays en développement, laisse constater des progrès plus modestes. En effet, on a observé qu'une faible réduction du nombre de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour entre 1981 et 2008 : ce nombre est passé de 2,59 à 2,47 milliards, même si la baisse est plus rapide depuis 1999.


Alain NOAH AWANA | Le Messager

jeudi 1 mars 2012

PRESIDENTIELLE SENEGALAISE : L’AFRIQUE DANS L’EXPECTATIVE


L’élection présidentielle du 26 février 2012 au Sénégal qui s’est déroulée dans des conditions globalement bonnes, mais qui a été précédée –pour la première fois dans un pays considéré en démocratie comme « le bon élève » de l’Afrique- par une campagne marquée par mort d’hommes, marquera à coup sûr les annales de l’histoire contemporaine du pays et même du continent africain.

Pour cette raison, Abdoulaye Wade (86 ans), le président sortant, au pouvoir depuis 2000 (7+5ans) et candidat à un autre quinquennat, était déjà entré dans l’Histoire. Depuis le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor en passant par Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), -tous les deux issus du parti socialiste sénégalais (PS)-, Abdoulaye Wade, surnommé Le Lièvre par le président-poète, ou plus affectueusement Le Vieux par ses compatriotes, a été de tous les combats à la tête du PDS (parti démocratique sénégalais). Il a connu brimades et embastillements. Docteur d’Etat en économie, enseignant d’Université, dirigeant politique, tribun hors-pair, militant des droits de l’homme…, les qualificatifs ne manquent pas pour l’homme politique qui fait aujourd’hui la Une des journaux du Sénégal, de l’Afrique et même de l’ancienne puissance coloniale, la France.

Démocrate, il le fut jusqu’au bout des ongles. C’est Abdoulaye Wade qui, hier, se rendait en Libye pour convaincre –en vain- l’autocrate Mouammar Kadhafi de quitter pacifiquement le pouvoir et d’éviter un bain de sang. Il avait déclaré en substance : « Je suis probablement l’unique chef d’Etat africain capable de le faire parce que je ne dois rien à Kadhafi »… L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo (réélu en 2003 pour un dernier mandat) avait tenté de s’éterniser au pouvoir en faisant modifier la Constitution de son pays. C’est le président Abdoulaye Wade qui a fait le déplacement de Lagos pour le convaincre –avec succès- de ne pas franchir le Rubicon.

Des dinosaures
Abdoulaye Wade fut souvent invité par les puissances occidentales à prendre part, avec quelques autres collègues africains (Afrique du Sud, Nigéria, Algérie, etc.), à des sommets internationaux comme le G20 ou le Forum de Davos… Donneur de leçons, le président Abdoulaye Wade devrait –modestement- accepter d’en recevoir. D’abord de ses propres compatriotes, les Sénégalais, les jeunes en particulier. Quand il fait modifier la Constitution de son pays pour se porter candidat à un mandat –de trop-, la jeunesse, la société civile et l’opposition démocratique ont crié leur ras-le-bol.

D’où la création, en particulier, du mouvement Y en a marre ! La rue a violemment opposé jeunes et forces de l’ordre avec des morts (six ?) au compteur. Une première pour un pays généralement jugé comme un havre de paix et/ou un pays sûr en Afrique, malgré l’existence du mouvement rebelle irrédentiste qui milite pour l’indépendance de la Casamance, du chef historique feu l’abbé Diamancoune Senghor. Excédée, même une star mondiale de la chanson et homme d’affaires prospère, Youssou Ndour, s’est lancé dans la bataille de la présidentielle avant de voir sa candidature invalidée par la Cour constitutionnelle. Les opposants du président Abdoulaye Wade au premier tour de la présidentielle (26 février 2012) sont des éléphants ou des dinosaures. Quelques exemples. (i) Moustapha Niasse, plusieurs fois Premier ministre, a travaillé avec les présidents Senghor –dont il dirigea le Cabinet-, Diouf et Wade.

Ce diplomate de haute lignée, bien introduit dans les pays du Golfe, possède un carnet d’adresses impressionnant et c’est l’une des grosses fortunes du Sénégal. Cette présidentielle dont le deuxième tour est fixé au dimanche 18 mars prochain sera assurément le dernier combat (politique) de la vie du leader de l’AFP (Alliance des forces du progrès). (ii) Ousmane Tanor Dieng est le patron du PS. Une sourde rivalité l’opposerait à Niasse depuis qu’il a pris les rênes du parti. (iii) Macky Sall et Idrissa Seck, anciens Premiers ministres et anciens caciques du PDS, étaient considérés comme des enfants naturels de Wade avant de claquer la porte et de rejoindre l’opposition. Le président Abdoulaye Wade est en effet connu pour sa propension à « user » ses Premiers ministres… (iv) Ibrahima Fall est un universitaire de renom et un diplomate de talent reconnu jusque dans les arènes de l’ONU.

Cet ancien Envoyé spécial du SG/NU dans les Grands Lacs africains s’est lancé dans la bataille probablement pour marquer un coup d’arrêt à la dérive monarchique d’Abdoulaye Wade… Ce juriste pense même que la modification de la Constitution par Wade –malgré l’assentiment de juristes occidentaux payés aux frais de la princesse- est anticonstitutionnelle… Si les tendances se confirment, les Sénégalais de devraient se rendre au second tour.

Pays de la Téranga

Abdoulaye Wade devrait être opposé à Macky Sall. Dans ce cas de figure, après des négociations qui seront extrêmement serrées, les poids lourds de l’opposition soutiendront le candidat commun. Ils deviendront alors des faiseurs de roi si les électeurs qui veulent le changement et l’alternance respectent les consignes de vote des chapelles politiques. Au lendemain du 18 mars, le candidat vaincu devrait s’incliner devant la volonté des Sénégalais. Le pays de La Téranga le mérite ! En 2000, des proches d’Abdou Diouf voulaient le convaincre de se proclamer vainqueur contre la voie des urnes. Ce qu’il refusa –tout à son honneur-, permettant ainsi à Abdoulaye Wade d’être le premier président sénégalais de l’alternance et du Sopi (changement). En 1999, Nelson R. Mandela se retira de la présidence sud-africaine à l’issue d’un seul mandat de cinq ans alors qu’il avait droit à un deuxième. A 85 ans, il décida de… cultiver son jardin.

Mais n’est pas Nelson Mandela qui veut !... La CEDEAO et l’UA ont mandaté Olusegun Obasanjo pour diriger une quarantaine d’observateurs (parlementaires, société civile, ambassadeurs africains à l’UA…). Mais également pour négocier avec Abdoulaye Wade une sortie honorable avant ou après les élections. Echec et mat sur ce point !... Sénégal, les yeux de l’Afrique et du monde sont résolument tournés vers toi !


Nicolas Ndagiyé

mercredi 29 février 2012

Sénégal : les quatre erreurs de Wade

DÉCRYPTAGE - Tanguy Berthemet, envoyé spécial du Figaro à Dakar, analyse les résultats du premier tour des élections sénégalaises.

À moins d'un improbable revirement, le président sénégalais devra affronter un second tour à l'élection présidentielle. Abdoulaye Wade s'était tellement dit sûr d'une victoire directe que cela passe presque pour une surprise. Pourtant, bien des signes montraient que ce pari était pour le moins osé. « Wade a péché par orgueil. Il s'est refusé à voir qu'il n'était plus aussi populaire qu'avant ou en tout cas à l'avouer publiquement », analyse un diplomate.

En bon connaisseur des siens, Wade ne pouvait en effet pas totalement ignorer la grogne des Sénégalais. Son score, que les médias sénégalais estimaient mardi aux alentours des 38 %, n'est certes pas négligeable. Mais sa base électorale s'affaiblit, loin des 55 % de l'élection de 2007. L'analyse des chiffres des élections locales de 2009 révélait déjà que son parti, le Parti démocratique sénégalais (PDS), en dépit d'une très large coalition, n'était plus majoritaire. La tentative échouée, en début d'année, de faire passer une réforme constitutionnelle permettant l'élection au premier tour d'un ticket président et vice-président avec seulement 27 % des voix sonne d'ailleurs comme la preuve d'une certaine inquiétude.

Les déçus du changement
Cet essai grossier de «tripatouillage» fut sa première et sa plus grosse erreur avec cette volonté de se représenter à un troisième mandat en dépit des promesses passées de ne rien en faire. L'élite intellectuelle sénégalaise, composante essentielle de sa victoire historique de 2000, lui a alors définitivement tourné le dos. Ces hauts fonctionnaires et ces artistes, qui ne manquent jamais de rappeler que le Sénégal se voit comme une véritable démocratie, n'ont pas apprécié de voir le pays ravalé au rang d'un bête «régime africain».

La deuxième faute de Wade est celle d‘avoir trop négligé un autre des piliers de ces triomphes passés. Les jeunes urbains, qui s'étaient massivement mobilisés lors des précédents scrutins, boudent. La pauvreté, la vie chère et le chômage ont fait d'eux les principaux déçus du sopi - le changement en wolof - promis par Wade. L'enrichissement rapide d'une minorité n'a rien arrangé. Les coupures d'électricité, incessantes pendant une décennie, ont-elles aussi puissamment nourri la déception.

Reste pour le président le poids des confréries musulmanes qui le soutiennent toujours discrètement. Abdoulaye Wade n'a jamais caché son affiliation à celle des mourides, l'une des plus grandes et des plus puissantes du pays. Il a reconnu avoir été élu avec l'appui mouride et s'en est même allé à Touba, leur capitale se prosterner devant le khalife. Ce faisant, il a rompu avec une tradition qui voulait que les chefs d'État ne fassent pas étalage de ces liens religieux. Cela a choqué, même au sein des mourides, mais plus encore parmi les fidèles des autres confréries, comme les tidjanes, qui toutes cohabitent pacifiquement.

Enfin, quatrième bévue, Abdoulaye Wade a sans doute aussi sous-estimé ses adversaires, à commencer par son probable challenger Macky Sall. Malgré ces errements, Abdoulaye Wade a tenté lundi d'afficher sa confiance. Si le combat qui s'annonce pour lui est loin d'être aisé, le vieux président et les siens gardent des atouts. Le poids de la fonction offre bien des avantages tant logistiques que financiers. Il a surtout Wade lui-même, qui en tribun doué et politicien madré, n'est jamais meilleur qu'en campagne.


Par Tanguy Berthemet


jeudi 16 février 2012

L’indignation des fonctionnaires du CGRA Pourquoi les états européens ne peuvent-ils pas contrôler leurs migrations ?

Une analyse sérieuse de la capacité des États à contrôler les flux de migrants nécessite une revue des fondements théoriques expliquant, d’une part, les mécanismes migratoires et, d’autre part, les processus de constitution des politiques dans le cadre spécifique de l’Union Européenne. 
En premier lieu, nous aborderons les processus migratoires. En second lieu, nous défendrons l’argument selon lequel les États européens ne peuvent pas contrôler entièrement leurs flux de migrants en y expliquant les raisons.
L’approche utilisée dans ce travail s’inscrit dans la perspective néo-institutionnelle. L’acteur est ici considéré comme socialement compétent dans la mobilisation des ressources mises à sa disposition, afin d’accéder à des opportunités et réaliser des objectifs qu’il est en mesure de percevoir et de se fixer, malgré les contraintes institutionnelles qui s’exercent sur son action et ses perceptions (Giddens 2005).

Les processus migratoires

« Il n’y a plus de fantasme, mais seulement des programmes de vie, toujours modifiés à mesure qu’ils font, trahis à mesure qu’ils se creusent, comme des rives qui défilent ou des canaux qui se distribuent pour que coule un flux », disait Deleuze (Deleuze et Parnet 2008, 59). Les migrations internationales forment un prisme de situations très différentes, mais suivant des processus semblables. Nous aborderons la majorité d’entre eux, ensemble de mécanismes caractérisés dans les projets migratoires, les chaînes migratoires, les contextes structurels des états et la globalisation. Nous esquisserons l’impact des politiques de visa vis-à-vis de ces phénomènes.

Le projet migratoire

Selon Castles (2007), les migrants adaptent leurs comportements par rapport aux contextes dans lesquels ils vivent. Par exemple, un migrant qui souhaitait rentrer dans son pays d’origine après une période de travail peut décider de rester et de ramener sa famille. Il ne s’agit pas seulement d’une intention de migrer, mais d’un projet migratoire. Ce projet comprend toujours un ou plusieurs objectifs, définis par un individu ou une communauté (Massey 1999, 48). Ces objectifs peuvent varier en fonction du contexte du pays d’origine et de ses relations avec le pays d’installation. Par exemple, l’immigration coréenne aux États-Unis est plutôt une immigration d’entrepreneurs de classe moyenne disposant d’un capital financier (Alba et Nee 1997, 46). Bien que le contexte structurel du pays d’origine influence le projet migratoire, les projets individuels en son sein peuvent être très diversifiés. L’étude des situations des migrants algériens en séjour irrégulier en France révèle au moins quatre profils aux motivations distinctes, même s’ils soulignent tous les conditions politiques et économiques algériennes (Têtu 2008). Considérer la migration comme un projet qui puisse s’adapter permet de mieux saisir le rôle des politiques publiques sur les comportements qu’elles cherchent à transformer. Ces dernières n’interviennent que comme facteur facilitant ou entravant ce projet, mais ne déterminent pas ses objectifs. Ajoutons que le projet migratoire n’est pas uniquement fondé sur une logique économique. Ainsi, le cas de cette sénégalaise, enceinte, mariée religieusement avec un belge et qui, découvrant qu’il est marié civilement en Belgique et tarde à divorcer, m’explique qu’elle vient d’une famille riche mais préfère vivre ici, dans la précarité, plutôt que d’affronter la honte de l’exposition de son échec conjugal à sa famille (entretien privé).
diasporaenligne.net

PRESIDENTIELLE FRANÇAISE: l’Afrique doit-elle toujours rêver ?

La campagne présidentielle en France connaîtra, dans les jours à venir, une ambiance beaucoup plus mouvementée avec la déclaration officielle de candidature de Nicolas Sarkozy, président sortant. Le chef de l’Etat français et son équipe de campagne iront à la conquête de l’électorat français sans doute sur les chapeaux de roue.

L’Union pour un mouvement populaire (UMP) a, en effet, un retard non négligeable à rattraper sur son concurrent principal à la présente présidentielle, le Parti socialiste (PS), si l’on se fie aux estimations des intentions de vote. Le candidat de l’UMP est constamment dépassé par celui du PS aussi bien dans les sondages que sur le nombre de visites sur leurs pages Facebook. Rien n’est cependant ni gagné d’office ni perdu d’avance, les différents candidats ayant jusqu’au 22 avril pour rectifier le tir. Et, comme à chaque élection présidentielle d’un pays occidental, notamment de l’Hexagone et du Pentagone, le continent africain, surtout les ex-colonies françaises, suivent de près l’évolution de ce scrutin.

Les pays du continent noir n’ont sans doute pas tort de se préoccuper de savoir qui présidera au destin d’une nation comme la France. L’ex-métropole a toujours exercé une espèce de droit tutélaire sur ses anciennes colonies, toute chose qui ne manque pas d’affecter leur fonctionnement. Les Etats d’Afrique francophone ont, par conséquent, en fonction des attentes de chacun, des choix préférentiels parmi les 16 candidats déclarés. Des préférences qui varient selon que l’on se situe au niveau des populations ou des gouvernants. Bien des têtes couronnées africaines préféreront certainement la continuité avec Nicolas Sarkozy au risque probable de changements avec François Hollande.

Les populations africaines, par contre, aimeraient sans doute expérimenter une toute autre aventure avec les socialistes, voire les nationalistes du Front national (FN). Car, à leur décharge, la rupture promise par le vainqueur de l’élection de 2007 se fait désespérément toujours attendre. La Françafrique et ses pratiques souterraines ont encore pignon sur rue, quand bien même certaines décisions courageuses sont à saluer. Hormis les interventions françaises en Libye et en Côte d’Ivoire dont le candidat Sarkozy a été l’un des initiateurs et précurseurs, le reste du bilan de celui-ci n’aura été profitable au final qu’à ses seuls pairs.

Le non-règlement de l’injustice sur la valeur de la pension des anciens combattants noirs et blancs et les sorties incongrues du président français sur l’histoire de l’Afrique, ainsi que celle de son ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, sur une prétendue inégalité entre les civilisations, sont entre autres, les taches qui assombrissent le tableau de l’UMP. Les mouvements de protestations qui se multiplient sur le continent africain traduisent cependant la soif des générations montantes de voir les choses se passer autrement désormais. Mais de là à croire béatement qu’un simple changement de régime et de système de gouvernance en Occident suffirait à opérer cette rupture, il y a quand même un traquenard dans lequel il faut savoir éviter de tomber. Il n’y a point de meilleur candidat pour l’Afrique à la course à l’Elysée.

Barack Obama dont la couleur et l’origine africaines avaient fait rêver beaucoup d’Africains, a fait déchanter ces derniers qui se sont vite rendu compte que l’arrivée d’un Noir à la Maison Blanche ne constitue pas forcément pour ses frères de couleur une Green Card pour les USA. Nicolas Sarkozy, descendant hongrois, a prouvé au reste du monde qu’il est avant tout le président d’un seul pays. Elu par les Français, un président, quels que soient son origine, son bord politique ou ses valeurs républicaines, défendra avant tout les intérêts de la France.

Le moment est donc venu pour les Africains de rompre avec le penchant infantiliste qui consiste à lier systématiquement leur sort à la nature des pouvoirs occidentaux. L’Afrique ferait plutôt mieux de se réveiller de sa somnolence, de mettre fin à son rêve de voir un messie sortir des urnes occidentales pour tracer à sa place les grands sillons de son développement. Le berceau de l’humanité ne pourra rattraper son retard sur les autres continents s’il continue de croiser les bras et d’attendre que son salut vienne d’eux. Il doit oser prendre son propre destin en main en inversant les tendances. Au lieu d’attendre qu’un candidat acquis à leur cause soit porté à la tête d’une puissance mondiale pour bénéficier de sa magnanimité, les pays africains doivent faire en sorte de forcer le respect et la considération de tout régime d’où qu’il vienne.

Qu’il soit issu de la droite, du centre, de la gauche, du camp des écolos ou de toute autre tendance, le regard que portera le prochain gouvernement français sur les Etats africains francophones, ne sera que le reflet de l’image que ces derniers donneront d’eux-mêmes. S’ils se montrent responsables, audacieux et dignes comme leurs frères anglophones, ils seront, à coup sûr, traités avec dignité et respect par n’importe quel Français.



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