mardi 12 juin 2012

La Suisse conclut un accord migratoire avec la Tunisie




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Le renvoi facilité de requérants d'asile tunisiens déboutés par la Suisse est assuré. La Suisse et la Tunisie ont également conclu un partenariat migratoire ainsi qu'un accord relatif à l'échange de jeunes professionnels, indique le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) dans un communiqué.

Accord de réadmission
L'accord de coopération en matière de migration règle en détails les questions liées à la réadmission et à la réintégration. Il encourage et assiste les retours volontaires. La Tunisie s'engage par ailleurs à réadmettre sur son territoire ses ressortissants qui n'ont pas ou plus le droit de séjourner en Suisse.
L'accord sur l'échange de jeunes professionnels s'adresse à des jeunes de 18 à 35 ans, titulaires d'une formation complète, qui désirent parfaire leurs connaissances professionnelles et linguistiques dans le pays partenaire. L'autorisation de séjour et de travail est valable pour une durée de douze mois, prolongeable de six mois.
L'autorisation est octroyée sous réserve d'avoir trouvé un stage dans le pays partenaire, dans le domaine où le jeune a acquis ses connaissances professionnelles ou techniques. Le contenu de cet accord correspond à celui des 35 accords conclus par la Suisse à ce jour dans le domaine des stagiaires, précise le DFAE.
Engagement en Afrique du Nord
Le renforcement de la coopération migratoire avec la Tunisie fait partie de l'engagement renforcé de la Suisse en Afrique du Nord suite aux bouleversements politiques de l'année passée, souligne le DFAE.
Le 11 mars 2011, le Conseil fédéral avait adopté une stratégie interdépartementale pour l'Afrique du Nord mettant l'accent sur trois domaines: le soutien à la transition vers la démocratie et les droits humains; le développement économique et la création d'emplois; la gestion durable des migrations et la protection des groupes de population les plus exposés.
Afflux de Tunisiens en Suisse
Suite à la révolution en Tunisie début 2011, les nombre de migrants tunisiens en Suisse a considérablement augmenté, rappelle encore le DFAE. Le nombre de demandes d'asile déposées par des ressortissants tunisiens a représenté 18% de toutes les demandes contre 6,4% en 2010.(ats/Newsnet)

lundi 11 juin 2012

Pourquoi il faut investir en Afrique


Ronald Lauder, dirigeant d’Estée Lauder, se prend de passion pour l’Afrique, un continent qu’il qualifie de «nouvelle frontière». Après avoir beaucoup investi en Europe de l’est au lendemain de la chute du mur de Berlin, Ronald Lauder explique à SlateAfrique pourquoi il croit au développement très rapide de l’Afrique.


SlateAfrique - D’où vous vient ce vif intérêt pour l'Afrique et les investissements sur le continent?
Ronald Lauder - Je suis très intéressé par l'Afrique parce qu’il n’y a pas de doute sur le fait que l’Afrique sera bientôt la nouvelle frontière. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, j’ai été l’un des premiers à investir en Europe de l’est et nous avons très bien réussi là-bas.
En Europe  de l’est, il y a eu une explosion rapide des médias. Je pense que l’Afrique a le même type de potentiel, de capacité, pas seulement dans le domaine des médias, mais dans beaucoup de domaines très variés.
C’est sûr que l’Afrique n’a pas encore des infrastructures très sophistiquées pour accueillir des investissements, mais cela va venir rapidement. Ce continent possède une classe moyenne très large. Une nouvelle classe moyenne qui cherche de nouveaux produits qui correspondent aux standards mondiaux.
La classe moyenne en Afrique regroupe de 300 à 400 millions de personnes. Si l’on regarde pays par pays, certes il y a des problèmes, on peut avoir une vision faussée en regardant chaque nation. Mais si l’on regarde le continent dans son ensemble, on voit bien qu’il est en pleine croissance.
L’Afrique possède des ressources naturelles immenses. Notamment avec l’eau ou les terres, le potentiel est énorme.
Les Africains sont en train de comprendre ce qui peut être fait dans le domaine de l’eau ou l’agriculture.
SlateAfrique - Que répondez-vous aux hommes d’affaires occidentaux qui affirment que les investissements sur le continent sont trop risqués?
R.L. - J’ai appris dans le business qu’il vaut beaucoup mieux investir là où les autres ne veulent pas investir que d’investir là où tout le monde investit.
Parce que si vous investissez là où tout le monde investit, les prix sont beaucoup plus élevés et la compétition est beaucoup plus féroce.
Je crois en l’Afrique. Je crois que le futur est ici. Et j’y crois de plus en plus.

Transformer le désert

SlateAfrique - Savez-vous déjà dans quel domaine vous allez investir?
R.L. - J’ai commencé ma carrière dans le domaine de l’eau. L’eau, c’est la vie. En Afrique, seulement 7% de l’eau fournie à l’agriculture provient d’une autre source que l’eau de pluie.
Avec le réchauffement climatique, il y aura de moins en moins d’eau. Et cela va poser de très grands problèmes. On peut passer de 7% à 70% avec d’ingénieux systèmes hydrauliques. Et je pense que notre expertise dans le domaine peut servir.
Il est aussi possible de transformer le désert en un endroit où il est possible d’avoir de la croissance comme en Israël par exemple. Quelles graines utiliser? Quoi planter, quand le planter? Tout un tas de techniques que l’Afrique peut apprendre rapidement et ainsi changer très vite de visage. 
Si l’Afrique a de bons systèmes d’alimentation en eau, de bons systèmes de médias, tout peut changer très rapidement. Si l’on apprend à utiliser de façon adéquate les ressources, on commence à avoir une bonne combinaison
C’est vrai qu’il y a beaucoup de pays en Afrique qui sont très compliqués, mais il y a aussi d’autres pays en Afrique qui sont merveilleux.
SlateAfrique - Avez-vous déjà choisi vos lieux d’implantation en Afrique?
R.L. - Pas encore, je découvre le Gabon. Je suis allé en Afrique du Sud, au Maroc en Tunisie, enEgypte, mais je n’étais jamais venu en Afrique centrale.
SlateAfrique - Doit on agir différemment lorsque l’on investit en Afrique? Est-ce différent des investissements dans les autres pays du monde?
R.L. - Tous les pays sont évidemment différents.
Je pense que parfois les risques en Afrique sont moindres que dans d’autres zones du monde. Je ne crois pas que l’Afrique va être très affectée par les changements qui se produisent dans certaines parties de l’Europe. Les Chinois font des investissements considérables en Afrique. Et maintenant ils sont imités par beaucoup d’autres pays. Dans les prochaines années, je pense que l’Afrique va avoir moins de problèmes économiques que d’autres parties du monde.

L'exemple de l'Europe de l'est

SlateAfrique - Le monde occidental investit-il suffisamment en Afrique?
R.L. - Les Chinois accomplissent un travail vraiment spectaculaire. Beaucoup d’entreprises occidentales voudraient investir en Afrique, mais il faut d’abord quelles règlent leurs problèmes locaux. C’est très compliqué de faire un investissement quand vous devez d’abord soutenir votre marché intérieur.
Mais je pense qu’une fois que l’Europe aura surmonté la crise et une fois que les élections seront passées aux Etats-Unis et que les gens auront davantage confiance dans le futur, vous verrez beaucoup plus d’investissements en Afrique.
SlateAfrique - Quel avenir pour l’industrie cosmétique? Le business de la beauté noire n’est-il pas en développement rapide?
R.L. - L’industrie des cosmétiques en Afrique est toujours très en retard. Ce sera un jour un marché très important.
Dans dix ans, l’Afrique sera un continent totalement différent de celui qu’il est aujourd’hui. Tout comme l’Europe de l’est a énormément changé entre 1989 et 1999, l’Afrique va considérablement évoluer lors de la prochaine décennie. J’ai rencontré plusieurs chefs d’Etat africains et j’ai eu le sentiment qu’ils voulaient vraiment aller de l’avant. Je suis très optimiste pour l’Afrique cela ne va pas arriver demain cela peut prendre cinq ou dix ans.
SlateAfrique - Combien prévoyez-vous d’investir en Afrique?
R.L. - C'est encore trop tôt pour le dire.
Propos recueillis par Pierre Cherruau, directeur de la rédaction de Slate Afrique, à Libreville

jeudi 7 juin 2012

Richard Attias : l'Afrique doit seconstruire un nouveau leadership


La première version panafricaine du New York Forum aura lieu dans quelques jours à Libreville. Initiateur de la rencontre, Richard Attias, répond à nos questions. Interview

Les Afriques : Vous allez organiser le New York Forum en Afrique pour la toute première fois. Pourquoi le choix du Gabon ? Quel est le but de ce forum ?

Richard Attias : Le choix du Gabon s'est imposé pour plusieurs raisons. Tout d'abord le Président Ali Bongo avait depuis plusieurs années l'idée d'organiser un forum économique dans son pays et cette idée a rejoint mon souhait de créer une version panafricaine de mon New York Forum. Par ailleurs, après le succès de la CAN et sur la base de la stratégie de développement et d'émergence du Gabon, le pays me paraissait très légitime. Le but du Forum est en relation avec ses fondamentaux: réunir des dirigeants économiques et politiques ainsi que de jeunes entrepreneurs et des investisseurs internationaux afin de relancer tous ensemble la croissance et donner de la visibilité aux différents acteurs de la société civile. C'est un laboratoire d'idées qui doit produire et soumettre des solutions et surtout un appel a l'action.

LA : De nombreuses personnalités comme le prix Nobel Mohamed Yunus et de hautes personnalités de la finance mondiale viendront s’exprimer lors de ce forum. Quels messages particuliers souhaitez- vous qu’ils adressent aux pays africains ?

R.A. : Un message d'optimisme et d'encouragement avant tout ! Donner le sentiment que l'Afrique à un véritable rôle à jouer sur la scène internationale et que le continent doit prendre son destin économique en mains alors que l'Europe et les Etats Unis sont au ralenti. Pour la première fois depuis des dizaines d’années l’Afrique peut être une solution à la ré émergence économique du monde et peut désormais contribuer à la croissance mondiale. Il est temps d'intégrer ce continent dans l'économie mondiale, au delà de l Afrique du Sud qui a rejoint les Brics, d’autres pays africains ont des atouts à mettre en avant. Le New York Forum Africa doit aider à exprimer cela et à faire venir des investisseurs internationaux. L’Afrique intéresse et la présence de ces personnalités le témoigne.

LA : Il sera beaucoup question d’économie et de stratégie lors de ce forum. Comment le débat entre rigueur et croissance qui fait rage en Europe peut-il être décliné dans l’environnement africain ?

R.A. : C’est un débat qui est au coeur de nos discussions au sein du New York Forum depuis sa création. Nous y rajoutons la confiance qui doit revenir impérativement sans être décrétée mais rétablie. La croissance est présente de fait en Afrique mais la rigueur doit être dans tous les secteurs sur le continent et notamment en termes de bonne gouvernance, de transparence, d'investissements, d'éducation. C'est ce qui appuiera et déterminera le vrai leadership. C’est le deuxième message que je souhaite souhaite faire passer : l’Afrique doit se construire un nouveau leadership.

LA : A l’instar de beaucoup de pays africains, le Gabon est riche en matières premières. Comment expliquez-vous le retard pris par les pays africains cinquante ans après l’indépendance ?

R.A. : Je crois que les partenariats n'ont pas toujours été au rendezvous et que les ambitions politiques ont parfois occulté le développement économique. Par ailleurs les niveaux éducatifs n'étaient pas toujours au niveau. Il y a aujourd'hui, des élites bien formées qui ont les capacités de mettre en oeuvre des stratégies et des visions. C'est souvent la mise en oeuvre qui a fait défaut. A nous de les aider.

LA : Vous êtes né à Fès, mais vous êtes plutôt présenté comme un citoyen du monde. Quels sont vos rapports avec l’Afrique et le monde arabe ?

R.A. : Je suis très attaché à mes racines comme chacun le sait. J'ai conserve ma nationalité marocaine et je me sens très africain en termes de valeurs, de mentalité, de culture. Je connais bien le continent avec ses complexités, ses contradictions, ses forces et ses faiblesses. L'amitié et la famille sont des valeurs très présentes en Afrique et nous retrouvons beaucoup cela dans le monde arabe. D'où, le fait que je m'y sente bien et que j'y ai de nombreux amis fidèles depuis plus de 40 ans.

Propos recueillis par Adama Wade