jeudi 10 mai 2012

l'Afrique expulse l'Afrique. L’Afrique du Sud expulse 30 Congolais vers Lubumbashi

Il est également fait état de l’expulsion de 13.000 Congolais de l’Angola vers Kasaï-Occidental, une situation pour laquelle Ivan Simonovic, assistant du secrétaire général de l’ONU en charge de droits de l’homme, a promis de saisir l’Organisation des Nations Unies.

Trente Congolais expulsés de l’Afrique du Sud pour séjour irrégulier sont arrivés à Lubumbashi, le dimanche 6 mai. Ils sont tous incarcérés à la prison centrale de la Kasapa où ils déplorent leurs conditions de vie. L’administration pénitentiaire affirme cependant que ces personnes ne sont pas des détenus. Les expulsés, dont deux femmes, sont tous des majeurs. La plupart d’entre eux sont des ressortissants des provinces du Katanga, Sud-Kivu, Nord-Kivu et Kinshasa. Ils ont été acheminés à la prison de la Kasapa le jour même de leur arrivée dans la capitale du cuivre. Ces expulsés ont indiqué qu’ils provenaient de différents centres de transit de l’Afrique du Sud.

Certains d’entre eux ont affirmé avoir été embarqués de force par la police sud africaine. D’autres disent avoir volontairement souscrit au rapatriement. Les inspecteurs judiciaires procédaient, mardi matin, à leur identification sur réquisition du parquet général près la cour d’appel de Lubumbashi. L’administration pénitentiaire a confirmé pour sa part qu’il n’y a aucune poursuite judiciaire engagée contre eux. Il s’agit d’une procé¬dure d’ordre administratif et à titre d’information, indique-t-on.

Les expulsés se sont plaints de mauvaises conditions de vie dans la prison et se disent inquiets pour leur sécurité. Ceux qui doivent aller dans d’autres provinces disent n’avoir pas de moyen pour atteindre leurs milieux d’origine. Au mois de février dernier, cinquante deux Congolais expulsés tou¬jours de l’Afrique du Sud ont passé plusieurs jours à la même prison, avant de regagner leurs milieux d’origine.

Kasaï-Occidental : 13 000 Congolais expulsés de l’Angola

L’assistant du secrétaire général de l’ONU en charge de droits de l’homme, Ivan Simonovic, a déploré lundi 7 mai 4 Kamako (Kasai-Occidental), les conditions dans lesquelles treize mille ressortissants congolais ont été expulsés de l’Angola. En visite au Kasai-Occidental, il a promis de faire un rapport au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour trouver des solutions nécessaires à ce problème.

« Les immigrants économiques peuvent être illégaux, mais ils ne doivent pas être traités comme ça. Avant que je ne parte, je vais essayer de rencontrer ceux qui font ça. A New york, j’en parlerai avec les pays membres du Conseil de sécurité », a promis le diplomate onusien.

Le président du Co¬mité d’accueil des expulsés d’Angola, l’abbé Charles Mukubayi, a plaidé auprès de ce haut fonctionnaire de l’ONU pour la réouverture officielle des frontières entre la RDC et l’Angola. « Ces expulsés ren¬trent mains vides. Presque 90% sont déjà torturés. Les femmes sont en grand nombre violées et d’autres n’arrivent même pas en RDC et elles restent dans les cachots en Angola ou elles disparaissent en cours des routes », a déploré l’abbé Charles Mukubayi. On rappelle que ces Congolais sont expulsés de l’Angola par six pos¬tes officiels du territoire de Tshikapa depuis janvier 2012.

Le Phare

Bob Marley, un musicien reggae et rasta en Afrique



Quels sont les liens de Bob Marley avec l'Afrique? Entre musique reggae, mouvement rasta et indépendances...
Ecouter les albums de Bob Marley reste une passion pour les amateurs de reggae, nombreux en Afrique. Affiches, photos et tee-shirt à l’effigie de ce chanteur continuent de se répandre. Outre sa musique et son adhésion au mouvement rastafari, les affinités de Bob Marley avec le continent noir expliquent la ferveur des Africains pour la star venue de Jamaïque.

L’Afrique dans les chansons de Bob Marley, la légende du reggae



 
Bob Marley n’a pas inventé le reggae mais il en est probablement le représentant le plus populaire. Dans ses chansons, l’Afrique tient une place importante.
  • War (album Rastaman Vibration, 1976) reprend un extrait du discours de Hailé Sélassié, prononcé en 1963 devant les Nations Unies, où il dénonçait l’oppression dont l’Afrique était victime. Alpha Blondy en fait une version en français sous le titre Guerre.
  • Exodus (album du même nom, 1977) invite au retour à la Terre-mère, l’Afrique, au "mouvement du peuple de Jah".
  • Africa Unite (album Survival, 1979) prône l’unité des peuples noirs de la diaspora et du continent: "Afrique tu es la pierre angulaire de mes ancêtres / Unis-toi pour les Africains étrangers / Unis-toi pour les Africains du pays".
  • Zimbabwe est le titre phare de Survival (sorti en 1979), un album majeur de Bob Marley qui rend hommage à l’Afrique et soutient les mouvements de libération. La représentation des drapeaux africains composent la pochette de l’album.
La sensibilité à l’Afrique de Bob Marley qui se manifeste dans sa musique est liée notamment à son adhésion au mouvement rasta. La pensée de ce courant spirituel accorde une place essentielle au continent noir.
 
Comment Bob Marley est devenu rasta

Robert Nesta (dit Bob) Marley est né le 6 février 1945 d’une jeune mère noire jamaïcaine et d’un père âgé britannique qu’il connaîtra très peu. Il passe sa jeunesse dans un milieu pauvre et reste attaché à la Jamaïque toute sa vie. En 1966, il s’intéresse au mouvement rastafari, suite à la visite de Hailé Sélassié Ier (de son vrai nom Ras Tafari Makonnen) sur l’île, bien qu’il soit aux Etats-Unis à ce moment-là. Rapidement, Bob Marley se déclare rasta.
Le rastafarisme, initié dans les années 1930 en Jamaïque, prône un retour vers l’Afrique, la "Terre-Mère" des anciens esclaves. Pour les rastafaris, l’empereur d’Ethiopie Sélassié est l’envoyé de Jah (Dieu). Son couronnement en 1930 est considéré comme l’accomplissement d’une prophétie prononcée dans les années 1920: "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir doit être couronné. Il sera le Rédempteur".
En Jamaïque chrétienne, le mouvement rasta est sévèrement réprimé. Il est jugé blasphématoire par l’occupant colonial britannique. Dans ce contexte, la venue de Sélassié suscite une ferveur immense chez la population. D’autant plus qu’en 1948, l’empereur a offert Shashamane, une terre d’Ethiopie, à tous les Noirs d’Amérique du Nord et des Caraïbes désirant "rentrer sur la Terre-Mère". Le lien est donc fort entre la Jamaïque, terre natale de Bob Marley, et l’Afrique, d’un point de vue politique, mais aussi sur le plan spirituel et intellectuel à travers les idées rasta.


 

"Quand l'Afrique s'éveille"

«L'Afrique connaît une profonde mutation»
AVEC «BOOKS». Le continent a désormais les moyens de décoller. Mais le comportement prédateur des dirigeants et la faiblesse de l’Etat de droit pourraient faire de ce moment historique une occasion manquée. Sauf si… Entretien avec Stephen Ellis, historien britannique spécialiste de l’Afrique, à lire dans le «BoOks» du mois de mai.

"Quand l'Afrique s'éveille": c'est le sujet du dossier central du magazine "BoOks" (n°32, mai 2012).

BoOks Partagez-vous l’optimisme qui semble régner depuis quelque temps à l’égard de l’avenir du continent, notamment dans les milieux anglo-saxons?

Stephen Ellis Depuis sept ou huit ans en effet, les hommes d’affaires occidentaux que je rencontre se disent convaincus que l’Afrique change et la considèrent comme une région très prometteuse pour les investissements. De fait, le continent connaît une profonde mutation. Notamment en raison de l’explosion démographique spectaculaire qu’elle connaît: l’Afrique compte aujourd’hui un milliard d’habitants, contre environ 150 millions au début du XXe siècle.

C’est la plus forte hausse de l’histoire de l’humanité. Sa place dans le monde en est bouleversée. Cette population jeune dynamise la demande et donc les échanges avec le reste de la planète. C’est l’un des ressorts du rapprochement spectaculaire que l’on observe entre le continent et le premier exportateur mondial, la Chine.







STEPHEN ELLIS est un historien britannique spécialiste de l’Afrique contemporaine. Chercheur au Centre d’études africaines de Leiden et professeur à l’université libre d’Amsterdam, il vit aux Pays-Bas. Auteur de nombreux livres, notamment sur l’Afrique du Sud, Madagascar ou le Liberia, il a coécrit en français «Entreprises et Entrepreneurs africains» (Karthala, 1995) et «La criminalisation de l’État en Afrique» (Complexe, 1997). Il a publié «Season of Rains» en 2011 (Hurst & Company, 224 p.). (Hurst & Company)


La Chine joue-t-elle vraiment un rôle clé dans la dynamique économique africaine?

Ses besoins en matières premières sont considérables et Pékin n’a qu’une confiance relative dans les marchés mondiaux. La Chine s’approvisionne donc de plus en plus en Afrique. Elle y achète notamment 30% de son pétrole. Et elle s’assure de la stabilité de sa relation avec les pays de la région en leur accordant des crédits privilégiés et en construisant des infrastructures. On estime que 250.000 à un million de Chinois sont aujourd’hui présents sur le continent.

D’une manière générale, la flambée du prix des matières premières provoquée par le développement de l’Asie dope la croissance africaine, qui dépasse dans certains pays les 6% l’an.

Faut-il y voir également l’effet d’un changement de politique économique?

De nombreux pays du continent se sont désendettés et les réformes entreprises depuis le début des années 1990 ont favorisé l’émergence d’institutions financières plus efficaces et de places boursières dignes de ce nom. En outre, des pays comme le Ghana ou le Nigéria ont aujourd’hui des cadres de très haut niveau, diplômés de Yale ou Harvard, qui ont travaillé longtemps à la City ou à Wall Street, et sont revenus au pays dotés d’une parfaite connaissance des méthodes des principaux centres financiers de la planète.

Pour toutes ces raisons, l’Afrique a aujourd’hui une occasion unique de connaître non seulement une véritable croissance, mais aussi un développement social et politique réel. Je crains cependant que des individus habitués à manipuler la dépendance continuent à le faire, et jouent les Chinois contre les Occidentaux non pour le bien-être de leur population mais pour dégager les rentes qui échoient traditionnellement en Afrique à ceux qui occupent des positions de pouvoir.









Ce mois-ci dans «BoOks»




Comme à son habitude, «BoOks» rassemble des articles de la presse internationale, du «Financial Times» au «Foreign Affairs», ce mois-ci pour décrire la vague d’optimisme qui touche les économistes et les investisseurs tournés vers les pays d’Afrique. Personne n’incarne mieux ce possible renouveau que le milliardaire soudanais Mo Ibrahim, ingénieur Télécom de haut niveau formé en Angleterre, importateur de la téléphonie mobile en Afrique. Le mal, selon lui, provient d’un «déficit catastrophique de leadership.» Publié chaque année, son palmarès de la bonne et mauvaise gouvernance est désormais le baromètre le plus influent sur ce continent que Mo Ibrahim qualifie de «véritable foutoir». Cinq millions de ses propres dollars vont chaque année à un dirigeant qui a promu la démocratie, n’a pas volé son peuple et rendu le pouvoir pacifiquement. A peu près inconnu en France où il réside cependant, cet homme fait l’objet d’un article étonnant, extrait du «New Yorker».

Plus loin, dans la rubrique «Lu d’ailleurs» Benjamin Korn, du «Zeit» prend la défense de Molière, perçu outre-Rhin comme un auteur de farces mineures, en montrant la saisissante parenté entre le misanthrope Alceste et le Hamlet de Shakespeare. Deux personnages en désaccord avec le monde, qui doutent qu’il faille se soumettre à la loi sociale plus qu’à celle de son âme. «Dans le monde réel, écrit le journaliste, le public ne supporterait ni Hamlet ni Alceste. Car nous tous, qui embrassons au théâtre leur parti, sommes au quotidien ces conformistes endurcis.»

Anne Crignon

«BoOks», en kiosque et en librairie. 6,90 euros.



Qu’entendez-vous par «habitués à manipuler la dépendance»?

De nombreux hommes politiques et acteurs économiques africains ont appris leur métier et sont devenus ce qu’ils sont en vivant de la relation de dépendance qu’ils entretiennent avec le reste du monde. Leur objectif est de générer des bénéfices pour eux-mêmes et leurs soutiens plutôt que pour la société dans son ensemble.

Dans les années 1960, des marchés sordides ont été conclus entre les hommes politiques africains et la puissance coloniale sur le départ. L’accès au pouvoir était en effet essentiel pour cette génération de responsables, qui avait senti venir l’indépendance mais ne disposait pas d’une base politique suffisamment nantie pour financer ses ambitions: le contrôle de l’appareil d’État était pour eux un moyen de générer des fonds pour leurs mouvements politiques, en rançonnant les entreprises à l’affût des contrats publics. Cette forme de prédation leur permettait notamment de distribuer des prébendes en échappant à toute relation de dépendance fiscale – et donc politique – avec leurs propres citoyens.

Quel rôle a joué l’aide au développement dans ce contexte?

C’est l’un des principaux ressorts de cette relation de dépendance pernicieuse: l’Afrique a reçu environ 1 trillion de dollars d’aide depuis 1945, avec l’efficacité que l’on sait en termes de développement, et l’efficacité que l’on sait en termes de durée de vie de certains régimes.

Il faut revoir de fond en comble le système. Combattre la désertification, soutenir les systèmes sanitaires, convaincre les jeunes Africains que l’émigration clandestine n’est pas un rite de passage, tout cela nécessite un personnel qualifié pour travailler avec des réseaux et des acteurs qui agissent hors de la sphère étatique sans pour autant prendre la forme d’ONG au sens classique.

Mais cette réforme est extraordinairement difficile, en raison du rôle des ONG. Si celles-ci étaient un pays, ce serait la cinquième puissance économique mondiale.







"BoOks", n°32, mai 2012.


Certaines de ces organisations sont très compétentes, d’autres le sont beaucoup moins, et certaines sont de pures entreprises de racket. Il faudrait pouvoir remettre tout cela à plat. Mais des dizaines de milliers d’Occidentaux commenceraient à craindre pour leur poste si on supprimait certaines missions ou certaines organisations ou – pire que tout – si l’Afrique cessait d’avoir besoin d’aide.

Propos recueillis par Sandrine Tolotti

=> Lire l'intégralité de cet entretien sur www.books.fr


Par Un invité de BibliObs

mardi 8 mai 2012

Quels sens donner aux coups d’État en Afrique ?


Curieusement, l’Afrique a fait connaissance avec les coups d’État en même temps qu’elle savourait le délicieux plaisir de la « Liberté » qu’octroyaient les indépendances de ses différents États, acquises pour la plupart sur un plateau doré, mais seulement de couleur d’or. Depuis ces indépendances jusqu’à ce jour, ce continent dénombre près soixante-dix coups d’Etats, qui dit-on, sont commandités par des puissances étrangères pour la plupart.

Cette série de coups d’État avait conduit pour la première fois l’Organisation de l’Union africaine (OUA), en 1963 à Addis-Abeba à déclarer « indésirable », le nouveau pouvoir togolais qui venait de faire assassiner le président Sylvanus Olympio. Cette prise de position politique de l’organisation suprême africaine pour « empêcher » de nouveaux coups d’État sur le continent a été nulle et sans effet.

A nouveau, en 1980 à Lagos, le sergent-chef Samuel Doe et sa délégation étaient à leur tour interdits à ce sommet pour avoir assassiné à la suite d’un coup d’État d’une barbarie sans nom, le président William Tolbert au Libéria. Ces sanctions politiques qui, avec le recul ressemblaient à des mascarades, amusaient copieusement ces militaires, assoiffés de pouvoir et de gloire. Elles n’ont aucunement dissuadé ces bidasses de perpétrer leurs sales besognes avec l’aide et l’influence des puissances étrangères.

En juillet 1999, l’OUA a décidé de proscrire par « décret » les coups d’État sur le continent. La même année, comme par défiance à l’organisation africaine, des soldats pour la plupart incultes, analphabètes et sans projet de société et de gouvernement ont réalisé des coups d’État au Niger, en Serra-Leone, aux Comores et bien sûr pour la première fois en Côte d’Ivoire. Ce nouveau pouvoir ivoirien était également exclu des sommets africains.

Aujourd’hui, ce sont les « barbouses » du Mali et de la Guinée-Bissau qui sont indésirables, comme l’ont été également, ces aventuriers d’un autre âge, conduit par « l’illuminé » Dadis Camara, en Guinée. Mais comment ces soldats pouvaient-ils respecter des décisions politiques décrétées par des chefs d’État, eux-mêmes arrivés au pouvoir par un coup d’État pour la plupart d’entre eux ? Quelles légitimité avaient donc t-ils pour empêcher ce que eux-mêmes avaient commis sans vergogne, au mépris de toute moralité et de la vie humaine ?

Les indépendances des états africains ont suscité beaucoup d’espoir et de liberté, tant individuelle que collective sur le continent. Cependant, la démocratisation de ces états, imposée par François Mitterrand en 1990 à la Baule, a libéré davantage toutes formes d’avidités de pouvoir et de richesse par le biais de la politique. A la suite de ce fameux sommet de la Baule, un vent de démocratisation et de liberté a pourtant suscité de grands espoirs sur le continent. Plusieurs conférences nationales se sont tenues dans ces années 90. Des élections ouvertes à des candidats de l’opposition se sont également tenues, même si personne n’était dupe pour espérer voir du jour au lendemain des dictateurs organiser des élections et accepter de les perdre. Comme disait Sassou N’Guesso, « on n’organise pas des élections pour les perdre ». Cet état d’esprit a conduit à la confiscation du pouvoir par tous les moyens, y compris la manipulation des populations, l’instrumentalisation de l’ethnicité et du nationalisme, les violations des droits humains et la militarisation de la jeunesse fortement désespérée par le chômage et l’absence de perspective d’avenir.

De fait, cette logique de gestion du pouvoir dont l’issue à terme reste incertaine, a favorisé l’émergence de coups d’État pour rétablir une « normalité » constitutionnelle. Ce fut par exemple le cas au Mali, en 1991 avec Amadou Toumani Touré. Au Ghana avec Jerry Rawlings en 1981. En Côte d’Ivoire en 1999 avec Robert Guéï alors que le pays s’embourbait dans une dérive ethnique et nationaliste autour du concept douteux de l’ivoirité qui était devenu le centre de toute l’activité politique depuis 1994.

Malheureusement, très souvent, la joie des populations qui saluent ces coups d’Etat dans l’espoir de voir se rétablir la normalité démocratique et constitutionnelle est de courte durée. Elles finissent par découvrir que derrière ces belles intentions se cachent souvent des désirs de pouvoir, de richesse et d’honneurs comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, jusqu’au drame que nous venons de vivre, dans lequel chacun sait sa part de responsabilité.



Macaire Dagry est Chroniqueur politique à Fraternité-Matin

dimanche 6 mai 2012

Comment l'État du Sénégal peut-il susciter la création d'emplois par la diaspora ?


Me. Serigne Babacar Guèye Juriste spécialiste en Migrations Internationales Directeur Général de diasporaenligne.net. Coordonnateur duGroupe d’Etudes et de Recherches pour leDéveloppement Régional et Rural(G.E.R.D.R.R.)


Introduction
On connaît désormais la distinction entre l'origine des migrations sénégalaises à l'étranger (politique, puis économique), ce qui nous permet de distinguer les différentes diasporas, des migrants temporaires. On connaît les bienfaits que la diaspora en général, celle du Sénégal en particulier a apporté pour son pays. Des exemples vous ont été montrés plusieurs fois sur le réseau de www.diasporaenligne.net sur ce que la diaspora peut apporter. Même si on n'a pas évoqué la diaspora malaisienne, chinoise ou indienne, de nombreuses études ont montré que ce sont elles, qui ont dynamisé le décollage de ces pays, devenues aujourd'hui des pays émergeants en attendant mieux, et le développement continu.
Après avoir rappelé rapidement les problèmes entre la diaspora et l'État Sénégalais de manière générale depuis longtemps, j'essaierai de voir ce que ce nouveau régime fait concrètement pour sa diaspora, puis je m'intéresserai particulièrement à des mesures concrètes attendues de ce gouvernement pour développer la création de PME, tout en évoquant ce que la diaspora peut faire elle-même de son côté pour favoriser ces créations

CONSTAT :

L'administration sénégalaise n'est pas un auxiliaire de développement au service de l'État, au regard des pays modernes. Héritière de pratiques coloniales basées sur les notions de répression, d'intimidation et d'infantilisation des administrés, l'État sénégalais reste encore fondamentalement bureaucratique et improductif. Donc, en retard par rapport au reste de l’Afrique.
Les facteurs bloquants auxquels les Sénégalais de l'extérieur sont confrontés en Sénégalais sont Invariablement :
  • La corruption généralisée compromettant la moindre démarche administrative,
  • L'indifférence voire le mépris opposés, même pour les cas urgents,
  • Les tracasseries des forces de défense et de sécurité et de la douane,
  • L'absentéisme chronique et les lenteurs administratives,
  • Le manque d'interlocuteurs crédibles pour les projets d'investissement des Sénégalais de l’extérieur
SENEGALAIS DE L’EXTERIEUR VERITABLES MOTEURS DE DEVELOPPEMENT

Faire de la diaspora un vrai levier pour le développement du pays d'origine suppose une vraie politique. Au lieu de critiquer (même s'il faut le faire pour d'autres raisons) et de diaboliser les mesures prises par certains pays européens vis-à-vis de l'immigration, il faut d'abord balayer devant sa porte. La diaspora peut aider l'État Sénégalais à se réorganiser (à condition qu'il l'entende). Cela fait partie des ambitions affichées par la diaspora, étant entendu que personne n'ignore les nombreux dysfonctionnements de l'administration, dénoncés de manière récurrente par les opérateurs économiques et les investisseurs étrangers, dysfonctionnements qui affectent dangereusement le climat des affaires et influent négativement sur le            « risque». La diaspora Sénégalaise dans sa diversité devrait pouvoir apporter, en lieu et place des institutions financières internationales, son expertise pour accompagner l'État Sénégalais dans sa quête de modernité et de crédibilité.

CE QUI EST ATTENDU DE l'ÉTAT EN MATIÈRE DE CRÉATION DE PME

La diaspora africaine a été désignée par l'UA comme la 6ème région de l'Afrique. Je vais évoquer la diaspora et la création de PME. Personne ne comprend que malgré les nombreuses compétences dont il regorge, y compris à l'extérieur, notre pays par la faute de quelques-uns, ne sache pas créer les synergies nécessaires, aller au rythme des meilleurs, et continuer à tirer le Sénégal vers le bas. Ce qui veut surtout dire que la pauvreté augmente au Sénégal, en dépit d'un taux de croissance prévisionnel raisonnable. La croissance ne profite donc pas à la population mais à quelques-uns. Elle n'a aucune incidence sur le PIB par habitant.

Pourtant la croissance économique est le seul critère permettant au Sénégal de réussir un décollage économique, et cela passe non pas par la gestion de la rente minière, ou la simple gestion financière consistant à surveiller les taux d'inflation, de change et le déficit, mais par une vision économique passant par la création de richesses, et la meilleure façon d'y parvenir c'est l'entreprise privée. Ce qu'attendent les entreprises, c'est de pouvoir mobiliser des collaborateurs compétents, bien formés, de se développer dans un climat de vérité et de confiance, sur la base de règles administratives claires, stables, prévisibles. Ce qui compte, c'est que les investisseurs, quelle que soit leur nationalité (y compris les Sénégalais), trouvent de bons motifs pour choisir de placer leurs capitaux dans des entreprises implantées dans le pays.

Pourquoi la création d'entreprises ?

La création d'entreprise est sans nul doute le chemin de retour le plus difficile. La plupart des entreprises privées du secteur formel sont des représentations de multinationales étrangères. Cela présente des avantages pour les Sénégalais en termes de sécurité, mais de nombreux inconvénients, car la valeur ajoutée repart à l'étranger. En effet, contrairement aux investissements directs étrangers (IDE), les profits réalisés par les entrepreneurs de la diaspora ne sortent pas du pays, mais restent dans le pays, où ils peuvent être réinvestis dans des banques ou dépensés au profit de l'économie locale. Le secteur privé local formel est peu développé, il n'y a pas de transfert de technologie (y compris dans le secteur minier), pas de production technologique (on n'invente rien, pourtant les Sénégalais de l’Extérieur ont de l'imagination) et pas d'énergie.
Il faut développer le capitalisme familial qui s'implante localement et inscrit son action dans la durée. Le problème essentiel est que les gens n'ont pas d'emplois, qui sont devenus une denrée rare, à tel point que certains ont même du mal à vouloir partager avec la diaspora, parce qu'ils raisonnent en termes d'emplois publics, et pensent que ceux-ci vont leur prendre tous ces emplois. Le népotisme (voire même le communautarisme) constitue le mode d'accès privilégié à la fonction publique, indépendamment des compétences. Personnellement, je pense même que les problèmes vis-à-vis de la diaspora sont davantage liés à cet état de fait, qu'à l'origine ethnique supposée des diasporas.
En aidant à la création d'entreprises, et en exploitant judicieusement les moyens financiers et humains de sa diaspora, le Sénégal résoudrait de manière considérable ses problèmes de développement. Ces moyens peuvent à n'en point douter contribuer à réduire l'assistance et les aides diverses qui proviennent des pays riches et qui sont sources d'endettement. Fort de cela, le Sénégal gagnerait à attirer au maximum l'épargne de la diaspora, ou bien capitaliser sur les avoirs des émigrés. Cette épargne peut être orientée vers des investissements productifs créateurs de valeurs ajoutées. En cela, le gouvernement doit prendre des mesures incitatives qui favorisent l'apport des contributions diverses de la diaspora, car il faut copier ce qui marche et non le combattre.

Création d’une vitrine de développement Sénégalais

Une véritable politique migratoire en faveur de la diaspora sénégalaise doit être mise sur pied. La face visible de cette politique peut être l'insertion dans l'organigramme du Ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieurs, d'une direction si possible composée des expatriés de retour - qui se consacrera entièrement aux problèmes de la diaspora au moins (30% de la population). On pourrait même envisager la création d'un Agence d’Appui aux Sénégalais de l’Extérieur en charge de la diaspora, en fonction de l'évolution des contributions et de l'importance de celle-ci, qui aura pour mission de superviser les demandes, propositions, et recommandations des Sénégalais de l’Extérieur dans le cadre du développement durable. L'avantage d'une telle mesure est qu'elle permettra de faciliter la réintégration des membres de la diaspora. Ça c'est pour la partie visible pour les expatriés de retour entrepreneurs proprement dit.

La création d'un interlocuteur unique

Pour ces entreprises au sein dudit ministère, serait une initiative intéressante à louer. Cela permettrait de simplifier l'enregistrement et la réglementation relative aux entreprises au Sénégal. Maisl'entrepreneuriat ne devrait pas être institutionnalisé, les entrepreneurs étant individualistes, et ne sont pas intéressés par les discours et les plateformes où les gens ne font que parler.

Le financement des projets

On a vu précédemment que les transferts financiers sont souvent des dépenses de consommation (environ la moitié va vers l'immobilier), et peu vers l'investissement. Quand cela arrive, c'est surtout vers les secteurs de l'économie sociale, la santé et l'éducation. Pour démarrer une entreprise, il faut souvent trouver le financement de départ. Au Sénégal, les possibilités d'accès aux capitaux à risque sont rares, sinon inexistantes. Les microcrédits servent au démarrage de micros entreprises familiales et ne sont pas supposés financer des PME qui exigent des investissements plus importants. Quant aux banques, avant de prêter de l'argent, elles exigent des garanties que la plupart des immigrés n'ont pas. Bien sûr, il est toujours possible pour l'État de créer un Fonds spécial (avec défiscalisation des placements d'argent de la diaspora par exemple) ou des caisses de crédit auxquels les entrepreneurs de la diaspora auraient accès dans leur pays d'accueil pour monter des PME au Sénégal. Mais laissons les entrepreneurs être des entrepreneurs, de préférence sans interférence de l'État. Mais si l'État participe et intervient avec des fonds d'investissement, voulant montrer l'exemple en sachant prendre des risques, il devrait rester en dehors des aspects opérationnels de l'entreprise.

Faciliter l’accès aux expatriés sénégalais au développement utile, constitue la première étape vers la création d’un Etat émergeant.

Comment les entrepreneurs de la diaspora peuvent-ils contribuer à créer des emplois et à favoriser la croissance économique dans leurs pays d'origine ? Même lorsque la conjoncture en matière d’affaires et d’investissements est défavorable, les migrants affichent souvent une propension comparativement plus marquée à investir dans leur pays d’origine. Une analyse presque systématique de programmes et d'expériences acquises montre l'encouragement à l’investissement privé de la diaspora, soit sous forme de création d’entreprise, d’investissement privé direct.

Autres contributions de la diaspora au développement du secteur privé

Le volontariat : la diaspora pourrait mettre en place des « volontaires du progrès » au Sénégal pour permettre à des jeunes Sénégalais qui ne connaissent pas le pays, d'aller apporter leurs compétences pendant un maximum de 24 mois.
Par exemple, http/www.diasporaenligne.net pourra faciliter la participation des intellectuels Sénégalais à l'éducation dans les établissements d'enseignement au Sénégal. A l'occasion de séjours au pays.

CONCLUSION

Des motifs d'espoir

Deux idées pour conclure : ma conviction est qu'il faut construire une société du bas vers le haut et non du haut vers le bas. Depuis l’Indépendance du Sénégal, les dirigeants se sont davantage préoccupés de leur situation personnelle, que de celle des Sénégalais. Ils n'ont pas hésité à éliminer y compris physiquement des adversaires, considérant que beaucoup de choses étaient permises, sauf « lorgner » les avantages dont ils disposent ou le fauteuil présidentiel. Pour permettre d'élargir les champs du possible, la création et le développement d'une élite économique ferait d'une pierre deux coups. Tout en permettant le décollage économique du Sénégal, elle canaliserait les ambitions de nombreux Sénégalais, qui ne voient pas forcément la politique comme un moyen de s'enrichir (contrairement à certains), mais comme un moyen de pouvoir imposer la liberté réelle d'entreprendre au sens large. Si beaucoup s'intéressent aux affaires parce qu'ils y ont une liberté réelle, ils se désintéresseront volontairement de la politique.
 

samedi 5 mai 2012

Des juges africains en formation sur l'arbitrage à Maurice

Une trentaine de juges africains ont suivi une formation sur l'arbitrage jeudi 3 mai et vendredi 4 mai tenue par les professeurs Albert Jan Van Den Berg et Jan Paulsson à Maurice. L'atelier de travail était organisé par l'International Council for Commercial Arbitration (ICCA), la Permanent Court of Arbitration (PCA), l'International Commission of Jurists (ICJ) et la Cour Suprême de Maurice.

L'atelier était axé sur la mise en place, par les juges, de la Convention de New York de 1958, de la reconnaissance et l'exécution des décisions arbitrales étrangères. Il fait suite à l' atelier de travail tenu en 2010 à Maurice.

Le Centre de Médiation et d'Arbitrage de Paris (CMAP) et les autres membres des chambres de commerces avaient rédigé une charte sur l'arbitrage qui a été présentée, en novembre 2010, au ministre de la Justice mauricien. Le chef juge de Maurice, Bernard Sik Yuen, a fait ressortir que l'île de l'océan Indien est « le seul pays à avoir un représentant permanent de la Cour d'arbitrage permanente ».

La Cour Permanente d'Arbitrage, basée à La Haye, a été créée conformément aux articles 20 à 29 de la Convention de 1899 de La Haye pour le règlement pacifique des différends internationaux. L'île Maurice, signataire de la convention de 1899, a été invitée par le secrétaire général de la PCA pour accueillir un tribunal d'arbitrage. Cette demande avait été acceptée par le gouvernement mauricien en 2009.

Environ 59 personnes blessées dans des affrontements devant le ministère de la Défense: Le Conseil militaire impose un couvre-feu dans une zone du Caire

Des milliers de manifestants se sont affrontés vendredi avec la police militaire devant le ministère de la Défense au quartier Abbasiya dans la capitale égyptienne du Caire, faisant au moins 59 blessés chez les deux côtés, a rapporté la chaine de télévision d'Etat.

Les affrontements ont éclaté lorsque des manifestants ont tenté de briser la barrière de sécurité devant le ministère et ont bombardé la police militaire avec des pierres, en retour, la police militaire a tiré des canons à eau sur les manifestants.

Le ministère de la Santé a déployé plusieurs ambulances dans le quartier pour secourir les blessés.

Des milliers de manifestants chantant des slogans contre le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) ont défilé après la prière du vendredi de la place Tahrir du centre du Caire vers le ministère de la Défense, en réponse à une attaque sanglante mercredi par des inconnus sur un rassemblement devant le ministère, qui a fait neuf morts et plusieurs blessés.

Des manifestations ont également été lancées dans certains gouvernorats, comme Alexandrie, Gharbiya, Suez, Ismaïlia, et Assouan, pour protester contre le même incident.

Les militaires au pouvoir en Egypte ont tenu une conférence de presse jeudi et ont mis en garde les gens contre des protestations devant les installations militaires, demandant aux gens de rester plutôt à la place Tahrir.

Le Conseil militaire impose un couvre-feu dans une zone du Caire

Le Conseil suprême des Forces armées (SCAF) au pouvoir en Egypte a imposé vendredi un couvre-feu sur la place Abbasiya et la zone autour du ministère de la Défense au Caire, a rapporté la télévision d'Etat.
Le couvre-feu va durer de 23h00 (2100 GMT) vendredi à 07h00 (0500 GMT) samedi. Les rues principales et des ponts resteront fermés sous le couvre-feu.

Le SCAF prendra des mesures juridiques contre ceux qui sont responsables des affrontements et de la violence à Abbasiya.

Des milliers d'Egyptiens se sont rassemblés à la place Tahrir et à la place Abbasiya dans le centre du Caire, exigeant au conseil militaire de démissionner et d'organiser une élection présidentielle équitable, comme prévu.

La protestation a été convoquée par certains partis politiques après l'éclatement d'un accrochage meurtrier à la place Abbasiya qui a fait 9 morts et plus de 100 blessés jeudi.

Des heurts ont éclaté vendredi après-midi entre des milliers de manifestants et la police militaire à Abbasiya, faisant 128 blessés chez les deux côtés.