jeudi 8 mars 2012

"Bonne gouvernance et problématique de la dette en Afrique"

Le livre intitulé"Bonne gouvernance et problématique de la dette en Afrique: le cas de la Guinée" de Badara Dioubaté publié chez l'Harmattan a été dédicacé ce mercredi 29 février à Conakry. L'auteur, de nationalité guinéenne, docteur en sciences économiques, consultant en développement, auteur de divers articles sur l'économie du développement et le rôle des institutions financières internationales dans les pays sous développés, est à son 3ème livre.
Présent à cette cérémonie, Dr Ousmane Kaba, ministre conseiller à la présidence chargé des Questions stratégiques, a déclaré que ce livre rejoint l'actualité guinéenne car, selon lui, la Guinée est en train de se battre pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative de pays pauvres très endettés(PPTE). ''Les livres ne sont pas chers, ce sont les Guinéens qui sont pauvres."a-t-il précisé

Dans son exposé, l'auteur a dit que l’objectif de ce livre est de rendre compte des transformations et des évolutions dans le contenu des réformes impulsées par les institutions financières internationales (FMI, banque mondiale) et des politiques économiques nationales compatibles avec les options de développement des pays comme la Guinée pendant la période post-ajustement structurel.

Pour lui, face aux problématiques de la bonne gouvernance et la thématique de la soutenabilité de la dette, les pays africains restent résolument engagés dans la voie de la réduction de la pauvreté. "Cependant, au delà des discours officiels, les résultats du processus de développement depuis les années 1990, demeurent insatisfaisants dans divers pays de l'Afrique subsaharienne tels que la Guinée" ajoute-t-il

Poursuivant son allocution Dr Dioubaté a indiqué que jamais, dans le champ de l’économie du développement, de 1960 à nos jours, une thématique, en dehors de la bonne gouvernance, n’a donné autant d’espoir sur la voie de la correction des erreurs issues de la  période d’ajustement structurel. A ses dires, l'un des échecs de l’application des programmes d’ajustement structurel dans les pays en développement réside dans l’aggravation de la pauvreté sociale et l’augmentation du stock de la dette des pays concernés.

"De ce fait, il existe une corrélation positive entre l'intensité, la durée d'application des reformes au titre des programmes d'ajustement et l'élévation du niveau de la pauvreté dans les pays en voie de développement; l'Afrique reste manifestement la zone la plus touchée par cette réalité."a-t-il conclu.

Mamadou Alou Barry /lejour.info
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mercredi 7 mars 2012

Diéry Seck, économiste sénégalais : « La dévaluation du FCFA n’est pas une question préoccupante »

Telle est la conviction de Diéry Seck, directeur de l’Institut africain de développement économique et de planification des Nations unies. Lors du stage sur les enjeux journalistiques de l’intégration en Afrique de l’Ouest, stage qui s’est tenu du 6 au 17 février 2012, M. Seck a donné une communication sur la devise unique. Nous l’avons approché à la suite de son exposé pour connaître son propre avis sur le sujet.

Quelle définition peut-on donner à l’union monétaire ?

L’union monétaire, c’est l’espace dans lequel deux ou plusieurs Etats acceptent d’avoir la même monnaie qui remplace la monnaie nationale et qui sert d’unité d’échange et de payement dans l’espace de cette union.

Une monnaie unique en 2020 ; est-ce possible ?

Techniquement, cela peut être possible. Mais, il faut reconnaître que la volonté politique des décideurs pourra influencer les choses. Soit en les accélérant, soit en les ralentissant. En tous les cas, au regard des expériences avec le franc, des réponses techniques existent pour la création d’une monnaie unique.

Quelles peuvent être les avantages et les inconvénients d’une Union monétaire ?

En termes d’avantages, elle peut élargir l’espace dans lequel on peut faire des transactions sans se soucier des échanges monétaires. La main-d’œuvre pourra circuler et le marché intérieur va assurément s’agrandir. Parce que les flux de transactions sur le plan intérieur se font en comparaison aux commerces extérieurs à la zone. En ce qui concerne les inconvénients, il faut dire que beaucoup de personnes considèrent la politique monétaire comme un instrument de politique économique. En rentrant ainsi dans une union monétaire, un Etat renonce forcement à sa souveraineté et perd les instruments de politique monétaire qui sont liés à la gestion de sa propre monnaie. Il y a aussi l’exigence de la discipline fiscale parce que, qui dit union monétaire, dit compatibilité avec la politique budgétaire. Tout compte fait, les inconvénients qui sont perçus pour l’union monétaire ne sont pas des choses décourageantes.

Est-ce l’exemple de l’UEMOA qui inspire la création de cette monnaie unique dans l’espace CEDEAO ?

L’UEMOA inspire bien la création d’une monnaie CEDEAO. L’idée est de créer une deuxième zone monétaire qui, après, sera fusionnée à la zone CFA. Mais, il faut reconnaitre que la France joue un rôle important dans la gestion de l’UEMOA. Les Etats membres de la CEDEAO ont chacun des passés différents. D’autres ont été colonisés par la Grande-Bretagne. Mais le Royaume-Uni n’est pas beaucoup immiscé dans l’assimilation économique comme la France a fait avec ses colonies. Il est aussi vrai que la plupart des Etats de l’espace CEDEAO sont faibles, mais celle-ci consent beaucoup d’efforts notamment sur les plans politiques et économiques pour les stabiliser. Bien qu’elle encourage également une plus intégration économique, il ne faut pas se leurrer sur le fait que la CEDEAO n’a vraiment pas les instruments de politique économique lui permettront de gérer une union économique régionale. La monnaie unique est un chantier très actif assujetti aux efforts politiques des Etats membres de la CEDEAO.

La France a-t-elle intérêt à ce que cette zone monétaire soit une réalité ?

Cela est bien évident. La France fait partie des grandes puissances qui sont elles aussi des entités économiques et qui cherchent leurs intérêts. Dans le cas par exemple de la CEDEAO, la France et la Grande-Bretagne essayent de diversifier les interventions. Alors que si cette union devient une réalité, cela va faciliter les transactions économiques. Pour dire que le passé colonial ne prédispose pas à une position favorable ou défavorable. Ce sont les intérêts qui vont primer.

Où est-ce qu’on peut situer la lenteur de la réalisation de la monnaie unique ? Les raisons sont-elles d’ordre économiques, socioculturelles, politiques…

Les personnes en charge de la réflexion sur le projet travaillent au niveau des centres d’études de la CEDEAO. Et j’en fais partie. Est-ce qu’elles sont assez dotées ? Je n’en sais rien. Toujours est-il qu’elles font de leur mieux. Est-ce que la CEDEAO elle-même fait de la création de la monnaie unique une priorité ? Je n’en sais rien non plus. Peut-être qu’aujourd’hui, ses soucis se situent ailleurs, tels que la bonne gouvernance, les questions de résolution de la sécurité, etc.

Un mot sur une éventuelle dévaluation du franc CFA ?

Même si je le sais, je ne le dirai pas. Mais, je peux avoir une opinion en tant que citoyen et économiste. Je sais que les gens en parlent, mais je vous assure que je n’ai pas encore eu le temps de faire des calculs nécessaires en rapport avec une éventuelle dévaluation du CFA. C’est mieux que je ne le fasse pas. Parce que j’estime que c’est une question qui n’est pas aussi préoccupante. D’autres sujets économiques plus intéressants tels que la croissance, la création d’emplois, les investissements, les concurrences au plan internationale urgent. La dévaluation est un symptôme, c’est une résultante de politiques passées qui n’ont pas peut-être pas réussi.

Interview réalisée par Bassératou KINDO

Guinée : Le gouvernement veut mettre fin à la construction anarchique des écoles privées

Le gouvernement guinéen à travers le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Education civique envisage de mettre fin à la ’’construction anarchique des écoles privées’’, afin de cerner de près le cadre d’étude et de scolarisation des enfants du pays, a déclaré lundi, le ministre de l’enseignement pré-universitaire Ibrahima Kourouma, lors d’un forum sur les écoles privées en Guinée.

Selon lui, la rencontre de trois jours qui a débuté ce lundi, entres les acteurs du système d’enseignement privé, les acteurs gouvernementaux et les acteurs de la société civile, vise essentiellement à renforcer les capacités des tous les intervenants dans la chaine d’enseignement pré-universitaire privé, pour harmonier les points de vues et pour atteindre une plus grandes efficacité dans ce système.

Dans son intervention de circonstance, le ministre a précisé que c’est en 1985, suite au changement de régime survenu en Guinée, avec le libéralisme prôné par les nouvelles autorités d’alors, que les premiers acteurs se sont lancés dans la fondation des écoles priées, avec un total de 25 établissements à l’époque.
De nos jours, la Guinée a enregistré plus de 2 200 établissements repartis sur le territoire national, où ont dénombré plus de 500 000 élèves de l’enseignement primaires et secondaire, avec 19 000 corps enseignants et encadreurs, toutes hiérarchies confondues.

Ces vingt dernières années, selon un constat largement partagé, on observe une prolifération d’écoles privées, allant de l’enseignement primaire à l’universitaire, en passant par l’enseignement secondaire et professionnel, sans aucun respect des textes et lois, relatifs à la fondation des écoles dans la pays.

"Les écoles privées en Guinée son confrontées à des insuffisances d’ordre administratif, pédagogique et financier", qui se manifeste par l’absence d’une réelle politique de l’enseignement privé, a souligné M. Kourouma, qui estime qu’au sortir du présent forum, des mesures concrètes seront prises pour éviter l’anarchie dans la fondation des écoles privées en Guinée.

Afriscoop

mardi 6 mars 2012

Libérée de Kadhafi, la Libye s'enfonce dans le chaos

BENGHAZI, Libye (AP) — Six mois après la chute de Moammar Kadhafi, le gouvernement de Tripoli s'avère incapable de diriger la Libye, et l'instabilité n'a fait qu'empirer. D'autres pays qui se sont débarrassés de leurs dirigeants dans les révoltes du printemps arabe -l'Egypte, la Tunisie et le Yémen- passent par des périodes de transition difficiles, mais aucun n'a connu un effondrement de l'autorité centrale comme en Libye.

Aujourd'hui, une bonne partie du pouvoir est détenue par les villes, les régions, mais aussi les milices et les tribus.

Après la chute du régime du colonel Kadhafi, les Libyens espéraient que leur pays, qui compte six millions d'habitants, devienne un nouveau Dubaï, avec une population réduite, regorgeant de pétro-dollars et attirant comme un aimant les investissements. Maintenant, ils craignent de connaître une situation similaire à celle de la Somalie, une nation qui n'a pas eu de véritable gouvernement depuis plus de vingt ans.

Si la Libye devrait éviter l'éclatement, elle pourrait en tous cas être condamnée à des années d'instabilité alors qu'elle se remet de quatre décennies de pouvoir de Moammar Khadafi, qui dressait les gens les uns contre les autres, les villes contre les villes, et les tribus contre les tribus. Le ressentiment et l'amertume qu'il a suscités se traduisent aujourd'hui par une anarchie générale.

"Ce que Kadhafi a laissé en Libye depuis 40 ans est un héritage très, très lourd", affirme Mustafa Abdul-Jalil, président du Conseil national de transition (CNT) qui, en théorie, dirige la Libye, mais qui en fait ne parvient même pas à contrôler la capitale, Tripoli. "C'est dur de surmonter ça en un an ou deux, ou même en cinq ans".

Partout, on peut voir des signes de la faiblesse du gouvernement. Tripoli reste sous le contrôle d'ex-révolutionnaires devenus miliciens, qui ont décliné les offres visant à les intégrer dans une armée nationale.

Koufra, situé dans une zone désertique du sud-est du pays, est le théâtre de violents combats entre deux tribus rivales, l'une arabe et l'autre africaine, qui ont fait plusieurs dizaines de morts en deux semaines le mois dernier.

Misrata, la troisième ville du pays, à seulement deux heures de route de la capitale, est gouvernée de manière autonome, avec des milices ignorant les demandes du gouvernement et n'hésitant pas à avoir recours à des méthodes brutales pour se venger de quiconque suspecté d'avoir soutenu le colonel Kadhafi.

Dans un garage de Misrata transformé en prison par des miliciens, un détenu, Abdelkader Abdel-Nabi, a les doigts coupés. Il affirme que des miliciens lui ont fouetté la main avec une cravache jusqu'à ce que ses doigts soient tranchés.

"Ensuite, ils m'ont jeté du haut des escaliers alors que j'avais la main en sang", raconte-t-il. Ceux qui l'interrogeaient voulaient qu'il avoue avoir collaboré avec les forces de Kadhafi pendant la guerre civile, l'an dernier, et contribué aux meurtres de combattants insurgés.

Quelque 800 autres détenus sont incarcérés dans cet endroit, que l'Associated Press a été autorisée à visiter. Les prisonniers sont accusés d'être impliqués dans des tueries, tortures, viols et autres crimes commis sous l'ère Kadhafi. Actuellement, il n'y a pas de tribunal capable de les juger, alors les détenus sont totalement à la merci des miliciens.

Des médecins travaillant dans un dispensaire mis sur pied dans le garage disent avoir soigné plusieurs dizaines de détenus torturés pendant des interrogatoires. Un médecin s'exprimant sous couvert d'anonymat affirme qu'il a vu neuf prisonniers dont les organes génitaux ont été coupés, alors que d'autres ont reçu des décharges électriques.

Ces violences et cette anarchie témoignent de la faiblesse du CNT, constitué de représentants venus de toute la Libye. Le CNT est censé superviser la transition vers la démocratie après la chute de Kadhafi, notamment l'organisation d'élections prévues pour le mois de juin. Mais l'instance est elle-même minée par les divisions, alors que du côté de Benghazi (est), certains dirigeants sont tentés par la création d'une "union fédérale" qui leur donnerait une grande autonomie.

Quant à Mustafa Abdul-Jalil, le président du CNT, beaucoup lui reprochent son manque d'autorité. Il reconnaît avoir commis des erreurs. "Mais la raison, c'est la démocratie (...) Pour chaque décision, je dois avoir le vote" des 72 membres du CNT, assure-t-il. AP

lundi 5 mars 2012

La démocratie sénégalaise sur la bonne voie

Editorial | Il y a des banalités électorales qu'il faut saluer, en Afrique notamment. Le 26 février, les Sénégalais ont voté dans le calme et la transparence pour le premier tour de l'élection présidentielle. Les résultats ont été immédiatement acceptés par toutes les parties en présence, qui préparent maintenant le duel final. Il faut s'en féliciter.

Le président sortant et candidat, Abdoulaye Wade, a vu là le signe que son pays "reste solidement ancré dans le cercle restreint des démocraties modernes, majeures et apaisées". Prenons-le au mot, car ce ne fut pas toujours grâce à lui. Il y a en effet une certaine ironie à l'entendre dire que ce scrutin a "apporté un démenti à tous les oiseaux de mauvais augure qui s'étaient empressés d'appeler au chevet d'un Sénégal qui serait agonisant". "Le Vieux", comme l'appellent affectueusement les Sénégalais, visait notamment les Etats-Unis, la France (ancienne puissance coloniale) et l'Union européenne, qui s'étaient publiquement inquiétés des conditions du vote. Il ciblait ceux qui avaient joint leurs voix à l'opposition sénégalaise pour contester la légalité de sa candidature à un troisième mandat.

Or il y avait des raisons d'être inquiet. La campagne électorale fut meurtrière : au moins six morts - des manifestants tombés sous les coups, les roues ou les balles des forces de l'ordre. Un bilan choquant au Sénégal. Surtout, on prêtait au président la volonté de se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Sa façon de répéter qu'il allait l'emporter au premier tour malgré l'usure du pouvoir qu'il occupe depuis 2000 ; malgré sa défaite aux législatives de 2009 ; malgré son âge avancé ; malgré le vide qu'il a fait autour de lui ; malgré ses tours de passe-passe constitutionnels répétés. Tout cela sentait la magouille électorale à venir. Il n'en fut rien, tant mieux.

Cela prouve surtout que la démocratie sénégalaise et ses contre-pouvoirs ne fonctionnent pas si mal. Elle l'avait déjà démontré en juin 2011. L'opposition politique, la société civile, la presse, les étudiants et les rappeurs s'étaient levés pour bloquer une loi qui aurait permis au président sortant de se faire réélire avec seulement 25 % des voix et d'ouvrir la voie à une transmission héréditaire de la présidence à son fils Karim. Abdoulaye Wade s'était piteusement replié. La mobilisation de ces mêmes forces pour surveiller le bon déroulement du vote (ainsi que le déploiement d'observateurs internationaux) a abouti à un résultat transparent, le 26 février.

Il ne reste plus qu'à espérer un second tour - le 18 ou le 25 mars - aussi paisible. Abdoulaye Wade l'abordera en ballottage défavorable face à Macky Sall (50 ans), un de ses anciens premiers ministres, libéral comme lui. Par le jeu des alliances, M. Sall apparaît le mieux placé pour devenir le quatrième président du Sénégal depuis l'indépendance, en 1960.

En cas d'échec, souhaitons qu'Abdoulaye Wade se rappelle l'hommage qu'il a lui-même prononcé au lendemain du premier tour sur la solidité de la démocratie sénégalaise. Et qu'il respecte le verdict des urnes. En attendant, la vigilance est toujours de mise.


Rapport: 47% des Africains noirs vivent avec moins de 565 Fcfa par jour

Selon la Banque mondiale, l'Afrique au Sud du Sahara continue d'être la zone du monde où l'extrême pauvreté des populations reste encore accrue.

565 fcfa. C'est la somme avec laquelle les populations africaines au Sud du Sahara vivaient chaque jour entre 2005 et 2008. C'est en fait la proportion de la population de cette partie du monde vivant avec moins de 1,25 dollar par jour, selon les estimations de la Banque mondiale rendues publiques mercredi 29 février 2012. L'institution de Bretton Woods mentionne cependant que c'est un chiffre en amélioration. « Pour la première fois depuis 1981, mentionne la Banque mondiale, moins de la moitié de la population vivait sous le seuil de 1,25 dollar par jour ». Cette proportion s'établissait à 51 % en 1981. Elle a diminué, toujours d'après ce rapport, de 10% en Afrique subsaharienne depuis 1999. En 2008, il y avait 9 millions d'Africains noirs de moins qu'en 2005 qui vivaient sous ce seuil, considéré par la Banque mondiale comme le seuil d'extrême pauvreté.

Si cette proportion a diminué, il n'en demeure pas moins que l'Afrique subsaharienne reste la zone la plus pauvre au monde. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la proportion de la population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour s'établissait à 2,7% en 2008. Soit environ 8,6 millions de personnes. Ils étaient 10,5 millions en 2005 et 16,5 millions en 1981. Même les zones où certains clichés d'extrême pauvreté sont souvent présentés ont de très bons scores. En Amérique latine et aux Caraïbes, l'on est passé du sommet de 14% en 1984 à son taux le plus bas jusqu'ici, soit 6,5% en 2008.


Diminution de l'extrême pauvreté

De manière globale, informe la banque mondiale, le pourcentage de la population extrêmement pauvre a diminué dans toutes les régions du monde. Mais, les chiffres montrent tout de même que la situation est encore préoccupante. C'est en effet 1,29 milliard de personnes dans le monde qui vivent encore, du moins en 2008, avec moins de 1,25 dollar par jour, soit 22% de la population mondiale. Cette baisse générale observée sur un cycle de trois ans constitue une première depuis que la Banque mondiale a commencé à recueillir des données sur l'extrême pauvreté. Cette mise à jour s'appuie sur les résultats de plus de 850 enquêtes menées auprès des ménages dans près de 130 pays. Et l'année 2008 est la date la plus récente pour laquelle on peut établir une valeur globale.

« Une analyse plus récente portant sur la période postérieure à 2008 révèle que si les crises alimentaires, énergétiques et financières qui ont frappé au cours des quatre dernières années ont par moments eu de graves incidences sur les populations vulnérables et ralenti le rythme de réduction de la pauvreté dans certains pays, la pauvreté a continué de baisser à l'échelle mondiale », peut-on lire dans une synthèse de ce rapport. Le seuil de 1,25 dollar par jour correspond à la moyenne des 10 à 20 pays les plus pauvres du monde. Le seuil de 2 dollars par jour, seuil médian des pays en développement, laisse constater des progrès plus modestes. En effet, on a observé qu'une faible réduction du nombre de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour entre 1981 et 2008 : ce nombre est passé de 2,59 à 2,47 milliards, même si la baisse est plus rapide depuis 1999.


Alain NOAH AWANA | Le Messager

jeudi 1 mars 2012

PRESIDENTIELLE SENEGALAISE : L’AFRIQUE DANS L’EXPECTATIVE


L’élection présidentielle du 26 février 2012 au Sénégal qui s’est déroulée dans des conditions globalement bonnes, mais qui a été précédée –pour la première fois dans un pays considéré en démocratie comme « le bon élève » de l’Afrique- par une campagne marquée par mort d’hommes, marquera à coup sûr les annales de l’histoire contemporaine du pays et même du continent africain.

Pour cette raison, Abdoulaye Wade (86 ans), le président sortant, au pouvoir depuis 2000 (7+5ans) et candidat à un autre quinquennat, était déjà entré dans l’Histoire. Depuis le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor en passant par Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), -tous les deux issus du parti socialiste sénégalais (PS)-, Abdoulaye Wade, surnommé Le Lièvre par le président-poète, ou plus affectueusement Le Vieux par ses compatriotes, a été de tous les combats à la tête du PDS (parti démocratique sénégalais). Il a connu brimades et embastillements. Docteur d’Etat en économie, enseignant d’Université, dirigeant politique, tribun hors-pair, militant des droits de l’homme…, les qualificatifs ne manquent pas pour l’homme politique qui fait aujourd’hui la Une des journaux du Sénégal, de l’Afrique et même de l’ancienne puissance coloniale, la France.

Démocrate, il le fut jusqu’au bout des ongles. C’est Abdoulaye Wade qui, hier, se rendait en Libye pour convaincre –en vain- l’autocrate Mouammar Kadhafi de quitter pacifiquement le pouvoir et d’éviter un bain de sang. Il avait déclaré en substance : « Je suis probablement l’unique chef d’Etat africain capable de le faire parce que je ne dois rien à Kadhafi »… L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo (réélu en 2003 pour un dernier mandat) avait tenté de s’éterniser au pouvoir en faisant modifier la Constitution de son pays. C’est le président Abdoulaye Wade qui a fait le déplacement de Lagos pour le convaincre –avec succès- de ne pas franchir le Rubicon.

Des dinosaures
Abdoulaye Wade fut souvent invité par les puissances occidentales à prendre part, avec quelques autres collègues africains (Afrique du Sud, Nigéria, Algérie, etc.), à des sommets internationaux comme le G20 ou le Forum de Davos… Donneur de leçons, le président Abdoulaye Wade devrait –modestement- accepter d’en recevoir. D’abord de ses propres compatriotes, les Sénégalais, les jeunes en particulier. Quand il fait modifier la Constitution de son pays pour se porter candidat à un mandat –de trop-, la jeunesse, la société civile et l’opposition démocratique ont crié leur ras-le-bol.

D’où la création, en particulier, du mouvement Y en a marre ! La rue a violemment opposé jeunes et forces de l’ordre avec des morts (six ?) au compteur. Une première pour un pays généralement jugé comme un havre de paix et/ou un pays sûr en Afrique, malgré l’existence du mouvement rebelle irrédentiste qui milite pour l’indépendance de la Casamance, du chef historique feu l’abbé Diamancoune Senghor. Excédée, même une star mondiale de la chanson et homme d’affaires prospère, Youssou Ndour, s’est lancé dans la bataille de la présidentielle avant de voir sa candidature invalidée par la Cour constitutionnelle. Les opposants du président Abdoulaye Wade au premier tour de la présidentielle (26 février 2012) sont des éléphants ou des dinosaures. Quelques exemples. (i) Moustapha Niasse, plusieurs fois Premier ministre, a travaillé avec les présidents Senghor –dont il dirigea le Cabinet-, Diouf et Wade.

Ce diplomate de haute lignée, bien introduit dans les pays du Golfe, possède un carnet d’adresses impressionnant et c’est l’une des grosses fortunes du Sénégal. Cette présidentielle dont le deuxième tour est fixé au dimanche 18 mars prochain sera assurément le dernier combat (politique) de la vie du leader de l’AFP (Alliance des forces du progrès). (ii) Ousmane Tanor Dieng est le patron du PS. Une sourde rivalité l’opposerait à Niasse depuis qu’il a pris les rênes du parti. (iii) Macky Sall et Idrissa Seck, anciens Premiers ministres et anciens caciques du PDS, étaient considérés comme des enfants naturels de Wade avant de claquer la porte et de rejoindre l’opposition. Le président Abdoulaye Wade est en effet connu pour sa propension à « user » ses Premiers ministres… (iv) Ibrahima Fall est un universitaire de renom et un diplomate de talent reconnu jusque dans les arènes de l’ONU.

Cet ancien Envoyé spécial du SG/NU dans les Grands Lacs africains s’est lancé dans la bataille probablement pour marquer un coup d’arrêt à la dérive monarchique d’Abdoulaye Wade… Ce juriste pense même que la modification de la Constitution par Wade –malgré l’assentiment de juristes occidentaux payés aux frais de la princesse- est anticonstitutionnelle… Si les tendances se confirment, les Sénégalais de devraient se rendre au second tour.

Pays de la Téranga

Abdoulaye Wade devrait être opposé à Macky Sall. Dans ce cas de figure, après des négociations qui seront extrêmement serrées, les poids lourds de l’opposition soutiendront le candidat commun. Ils deviendront alors des faiseurs de roi si les électeurs qui veulent le changement et l’alternance respectent les consignes de vote des chapelles politiques. Au lendemain du 18 mars, le candidat vaincu devrait s’incliner devant la volonté des Sénégalais. Le pays de La Téranga le mérite ! En 2000, des proches d’Abdou Diouf voulaient le convaincre de se proclamer vainqueur contre la voie des urnes. Ce qu’il refusa –tout à son honneur-, permettant ainsi à Abdoulaye Wade d’être le premier président sénégalais de l’alternance et du Sopi (changement). En 1999, Nelson R. Mandela se retira de la présidence sud-africaine à l’issue d’un seul mandat de cinq ans alors qu’il avait droit à un deuxième. A 85 ans, il décida de… cultiver son jardin.

Mais n’est pas Nelson Mandela qui veut !... La CEDEAO et l’UA ont mandaté Olusegun Obasanjo pour diriger une quarantaine d’observateurs (parlementaires, société civile, ambassadeurs africains à l’UA…). Mais également pour négocier avec Abdoulaye Wade une sortie honorable avant ou après les élections. Echec et mat sur ce point !... Sénégal, les yeux de l’Afrique et du monde sont résolument tournés vers toi !


Nicolas Ndagiyé