samedi 10 décembre 2011

Immigration : qu'est-ce qui distingue encore l'UMP du FN ?


Claude Guéant est accusé de puiser ses idées dans celles du FN. Les programmes des deux partis sont-ils différents ? Rue89 a posé la question à des députés UMP.

« Guéant, la voix du FN ». Cette une volontairement provocatrice de Libé le 29 novembre faisait s'indigner la majorité.

« Je n'ai rien à voir avec le Front national, rien de commun avec le Front national. Marine Le Pen a ses propres thèses, ce ne sont pas du tout les miennes », a d'abord répliqué le ministre de l'Intérieur sur RTL.


Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP, a dénoncé « une attaque personnelle indigne » contre un ministre « qui a le courage politique de faire de vrais diagnostics sur les maux qui rongent notre pacte républicain ».
Pourtant, bien avant avant Libération, au mois de mars, c'est Marine Le Pen elle-même qui félicitait Claude Guéant après qu'il avait déclaré que les Français avaient « parfois le sentiment de ne plus être chez eux », à cause d'une « immigration incontrôlée ». Elle lui avait alors proposé une « carte d'adhérent d'honneur ».

« L'immigration ? non pas aujourd'hui »

Depuis son arrivée place Beauvau, le ministre de l'Intérieur a fait de la lutte contre l'immigration illégale et – désormais – légale sa priorité. Au point qu'il est parfois allé puiser son inspiration au FN.
Ainsi, lorsqu'il a déploré le trop grand nombre d'immigrés légaux entrant en France chaque année (200 000), le ministre de l'Intérieur a repris à son compte la comparaison de la candidate FN avec le nombre d'habitants de la ville de Rennes.
Alors, UMP-FN, même combat sur l'immigration ? Rue89 a posé la question à des députés UMP. La plupart, comme Marc-Philippe Daubresse, député du Nord, ont refusé de répondre : « L'immigration ? non pas aujourd'hui. » Les autres ont tenté :
  • l'ignorance : « Je ne connais pas le programme du FN » ;
  • l'indignation : « L'UMP pense que l'immigration est une chance » ;
  • le hors-sujet : « Le FN veut plus de proportionnelle, ils vont faire entre le FN à l'Assemblée » ;
  • le quasi aveu : « L'immigration est un problème pour la France »Les députés UMP répondent à Rue89
Si Lionnel Lucas, l'une des grandes gueules de la Droite populaire, refuse de répondre clairement à la question, il est l'un de ceux que le FN a le plus inspiré. Plusieurs propositions du FN en matière d'immigration ont été reprises par la Droite populaire (double peine, perte de l'acquisition automatique de la nationalité, suppression du statut de binational etc.). Elles n'ont pas été reprises par l'UMP.

UMP-FN, des programmes différents

A l'exception de la remise en cause de l'immigration légale, le programme de l'UMP ne rejoint pas tout à fait les propositions du FN.
Chez Marine Le Pen, on prône l'arrêt de l'immigration :
  • inversion des flux ;
  • moratoire stoppant toute immigration ;
  • fin des régularisations ;
  • aides supprimées ;
  • seuil de 10 000 immigrés légaux par an.
En juillet dernier, l'UMP a fait plusieurs propositions parmi lesquelles :
  • les prestations sociales sont conditionnées au respect du contrat d'accueil par lequel les immigrés s'engagent notamment à apprendre le français ;
  • le passage de 45 jours à deux mois la durée de détention des clandestins et l'augmentation de 25% du nombre de places dans les centres de rétention administrative ;
  • une « caution-retour » sera exigée par les autorités consulaires pour les demandes de visa de courts et moyens séjours « à risques ».
Un programme certes différent mais un état d'esprit très proche – l'immigré (du Sud) est perçu comme un problème. A tel point que Brice Hortefeux, interrogé lors d'un déjeuner avec des journalistes sur ce qui distinguait l'UMP du FN, n'a donné comme seul exemple que... l'euro.

rue89.com


RDC: Kabila déclaré élu, Tshisekedi se proclame président

L'annonce des résultats provisoires communiqués hier vendredi par la Céni, donnant vainqueur le président sortant Joseph Kabila avec 48,95% des suffrages, contre 32,33% pour son principal opposant Etienne Tshisekedi, qui conteste ces chiffres, a provoqué plusieurs incidents à Kinshasa dans la soirée. Ce samedi matin 10 décembre, la ville est calme.






Il est encore tôt pour dire si l’activité reprendra comme d’habitude, les commerçants vont sans doute garder une main sur la manivelle du rideau de fer.
Hier, des incidents ont éclaté dans la cité (c’est ainsi que l’on appelle les quartiers périphériques) pendant que les partisans du vainqueur faisaient la fête dans la Gombe, le quartier central de Kinshasa.
Comme c’est souvent le cas en Afrique, la capitale est majoritairement favorable à l’opposition. Kinshasa a voté Tshisekedi à 64%. Vendredi soir, des jeunes ont érigé des barrages de pneus enflammés, il y a eu quelques pillages de magasins chinois notamment.
La police a été déployée un peu partout, on a entendu des tirs ; il n’y a pas de bilan précis. Les autorités reconnaissent le cas d’une jeune fille blessée par une balle perdue. Et le bilan au niveau national est assez contrasté. Scènes de liesse dans certains endroits comme le Bandundu, scènes de colère ailleurs, comme dans le Kasaï, région d’origine de Tshisekedi.
Aucun mot d’ordre de manifester n’avait été donné ni pour exprimer sa joie d’un côté, ni pour exprimer sa contestation de l’autre. Tout cela a été spontané et rapide.

vendredi 9 décembre 2011

Mali: 20.000 enfants dans les mines d'or


L'ONG Human Rights Watch appelle le gouvernement malien et les bailleurs de fonds internationaux à prendre des mesures pour mettre fin au travail des enfants dans l'orpaillage.

Dans son rapport publié le 6 décembre, «Un mélange toxique -Travail des enfants, mercure et orpaillage au Mali», Human Rights Watch tire la sonnette d'alarme pour dénoncer les conditions dangereuses dans lesquelles sont exploités des enfants maliens (mais aussi de Guinée ou du Burkina Faso) dans les mines artisanales d'or au Mali.
Juliane Kippenberg, chercheuse à la division Droits de l'enfant de Human Rights Watch, décrit les conditions de ces mineurs qui seraient entre 20.000 et 40.000 au Mali:
«Ils portent des charges qui pèsent plus lourd qu'eux, descendent dans des puits instables, et ils touchent et inhalent du mercure, l'une des substances les plus toxiques sur la Terre»

L'ONG évoque aussi le sort de fillettes victimes d'abus sexuels ou «qui se livrent au commerce du sexe afin de pouvoir survivre».

L'organisation de surveillance des droits de l'homme pointe la responsabilité du gouvernement malien, qui a fait passer un «Plan d'action national pour l'élimination du travail des enfants», en juin 2011, mais qui n'en applique pas les mesures.

«Les travaux dangereux, qui incluent le travail dans les mines et avec du mercure, sont interdits pour toute personne âgée de moins de 18 ans», explique le rapport, mais, «les mines artisanales ne font pas l'objet d'inspections du travail régulières.
Pour enrayer l'exploitation des enfants, elle demande aussi au gouvernement de rendre l'éducation plus accessible, notamment en abolissant les frais de scolarité.
Par ailleurs, Juliane Kippendberg déplore la complicité des autorités locales qui «tirent souvent profit de l'orpaillage et se soucient peu de la lutte contre le travail des enfants». Ce problème semble passer totalement au-dessus des préoccupations des petits.

STATISTIQUES Les migrants africains envoient 40 milliards de dollars américains chez eux par an

NAIROBI (Xinhua) - Le nombre de migrants africains hors du continent a maintenant atteint le cap des 30 millions, avec la moitié d'entre eux vivant en Europe, et ils ont envoyé chez eux plus de 40 milliards de dollars américains l'année dernière seulement, a indiqué l'Organisation internationale des migrations (OIM) dans un rapport publié cette semaine.


e montant, selon le rapport, citant une enquête menée par la Banque mondiale cette année, représenté 2,6% du produit intérieur brut (PIB) de l'Afrique et quatre fois le montant total enregistré en 1990.
"Environ la moitié des migrants africains vivent en dehors du continent, la majorité d'entre eux en Europe",  a déclaré l'OIM dans le document de 184-pages.
Le rapport a été publié mardi et mis à la disposition de l'agence Xinhua, ce qui coïncide avec le 60e anniversaire de l'OIM. Il comprend un examen des tendances de migration et les grandes questions de politique migratoire en 2010/2011.
Selon les données officielles, a dit le rapport, quelque 30 millions d'Africains, soit environ 3% de l'ensemble de la population africaine, ont migré au niveau international. Environ deux tiers des migrants d'Afrique sub-saharienne se sont déplacés à d'autres pays de la région.
Toutefois, selon les documents, seulement 4% de tous les migrants vivant dans les pays développés ou des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) proviennent d'Afrique sub-saharienne.
"En 2010, 64% de la migration sub-saharienne a été infrarégionale et liée à l'emploi, dirigée principalement vers les pays comme le Burkina Faso, le Kenya et l'Afrique du Sud", a indiqué le rapport.
Le document indique que les flux de migrations en Afrique occidentale pourraient être le meilleur exemple d'un tel penchant intrarégional, avec plus de 70% des mouvements au sein de la sous-région, et en Afrique australe et orientale, le compte interrégional des mouvements s'élève à 66 et 52% des flux, respectivement.
En revanche, a-t-il ajouté, la grande majorité soit 90% des migrants d'Afrique du Nord voyagent vers des pays hors de la région.
L'enquête indique que contrairement à la perception, l'Europe a seulement un petit nombre de migrants africains. "Malgré une perception commune dans les médias que l'Europe risque d'être submergée par un flot de migrants venus d'Afrique, le pourcentage de la migration des Africains à l'étranger reste relativement modeste", a dit le document.

Diasporaenligne.net

Émigration sous le manteau des artistes : La Suisse met le Sénégal sur sa liste rouge

Le refus de délivrer des visas à des artistes sénégalais en tournée en Europe, plus précisément en Suisse, serait une décision venue des hautes autorités suisses .L’artiste suisse Elleinad, de retour à Dakar, après une tournée européenne, qu’elle devait effectuer avec ses musiciens sénégalais, explique les tenants et aboutissants de cette décision.

« J’ai reçu une lettre de Berne qui m’a enfin servie les vraies raisons du rejet des demandes de visa de mes musiciens.
En réalité, le Sénégal est classé sur la liste rouge. Et il est désormais assez compliqué et difficile pour les Sénégalais de se rendre en Suisse ou dans certains pays européens », informe l’artiste Suisse dans les colonnes du Quotidien. En effet, révélé-t-elle, lors d’une conférence de presse à Douta Seck.
« Beaucoup d’artistes font des demandes de visa pour la Suisse ou l’Europe, mais disparaissent dans la nature, une fois là-bas. Récemment encore, un groupe de 21 Sud Africains a été porté disparu après un concert là-bas. Ce qui fait que les gens ont mis beaucoup de garde-fous, pour ne pas laisser n’importe qui se rendre là-bas ».
Malgré les garanties apportées par l’artiste Elleinad pour faire voyager ses musiciens, l’ambassade de la Suisse au Sénégal s’est montrée méfiante.
« On assimile aujourd’hui, le Sénégal à Équateur ou à la Colombie, à cause notamment de la drogue.

Diasporaenligne.net


Dakar a accueilli 7 nouvelles banques en 5 ans (BCEAO)

Le système bancaire sénégalais est passé de 14 à 21 établissements de crédit, au cours des cinq dernières années, selon Fatimatou Zahra Diop, Directrice nationale au Sénégal de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui souligne par ailleurs un taux de bancarisation de 25%.
‘’Au cours des cinq dernières années, le système bancaire sénégalais a enregistré une augmentation sensible du nombre d’établissements de crédit, passé de 14 en 2004 à 21 actuellement’’, a-t-elle déclaré dans un entretien avec l’hebdomadaire sénégalais Nouvel Horizon, à paraître vendredi.
‘’Parmi les nouveaux établissements, figurent des banques à capitaux provenant d’Afrique du nord, d’Asie ou de pays de la sous-région, qui côtoient désormais sur le marché les acteurs traditionnels contrôlés par de grands groupes installés notamment chez le partenaire historique français’’, a-t-elle noté.
La responsable de la BCEAO au Sénégal a relevé que ‘’ce constat (…) découle de l’appréciation positive des investisseurs étrangers à la fois de la situation macroéconomique de notre pays, de sa stabilité, mais également de la qualité de la supervision bancaire communautaire’’.
‘’Sur un autre plan, a-t-elle ajouté, il traduit la bonne perception des investisseurs de la convertibilité du franc CFA et de son arrimage à l’euro qui lui confère une certaine stabilité.’’
Fatimatou Zahra Diop a également signalé que ‘’certaines des nouvelles implantations ont été, pour une très grande part, favorisées par le dispositif de l’agrément unique fort opportunément instauré par la Banque centrale’’.
Dans l’entretien avec Nouvel Horizon, elle a estimé que cette facilité favorise ‘’l’installation d’établissements de crédit déjà agréés dans un Etat, dans d’autres pays de la Zone, selon des formalités simplifiées’’.
‘’L’élargissement de la provenance de l’actionnariat des établissements bancaires participe à la diversification de notre culture financière et est susceptible de faciliter l’accès au financement adéquat de notre économie. Il pourrait du reste se poursuivre, au regard des efforts déployés en vue du développement de la finance islamique objet d’une attention particulière des autorités’’, a-t-elle poursuivi.
Selon la Directrice nationale de la BCEAO, ces implantations constituent une opportunité pour les huit pays de l’UMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), en raison ‘’des marges disponibles dans le domaine de la bancarisation’’.
‘’A l’heure actuelle, a indiqué Mme Diop, le taux de bancarisation se situe à près de 25 %’’. Dès 2007, la Banque centrale a élaboré un plan d’action destiné à la promotion des moyens et des systèmes de paiement devant déboucher à l’atteinte d’un taux de bancarisation de 20% en 2012.
Elle a rappelé que la réalisation de cet objectif a été constatée dès 2010 et a impliqué la contribution de tous les acteurs, notamment les institutions de microfinance, les banques, l’État du Sénégal et la BCEAO.
‘’Pour sa part, l’Etat du Sénégal a effectivement mis en œuvre la mesure communautaire relative au paiement des salaires de son personnel et de ses fournisseurs ou prestataires, atteignant un montant de 100.000 FCFA, par virement bancaire ou par chèque. En outre, le paiement des bourses par virement dans un compte auprès des guichets bancaires à un coût limité, est effectif.’’
Aussi, la responsable nationale de la BCEAO a-t-elle souligné que les taux d’intérêt sont librement négociés entre les banques et la clientèle, les conditions débitrices n’étant encadrées que par le taux d’usure, soit 18% pour les banques et 27% pour toutes les autres institutions.
‘’Les taux appliqués aux opérations de la clientèle sont fonction, a-t-elle renseigné, pour une bonne part, de la structure des ressources bancaires.’’

Par aps.sn

jeudi 8 décembre 2011

A Bordeaux, les Africaines prennent le pouvoir

Les femmes deviennent incontournables au sein de la diaspora africaine. Reportage à Bordeaux, avec le collectif Saveurs métisses.
«On ne demande pas à être assistées, on est des battantes, on ne compte que sur nos propres forces!» Sous le regard approbateur de ses amies, Fatiha sourit avec malice. Toutes quatre sont plutôt fières d’elles. C’est ici, au centre social de Lormont Génicart, qu’elles ont installé leurs cuisines. Dans ce quartier de la banlieue bordelaise composé à 80% de logements sociaux, alors que le taux de chômage explose, leur petite entreprise de traiteur se développe à toute allure.
Tout en s'activant aux fourneaux, les membres du collectif Saveurs métisses racontent leurs parcours, souvent différents. Il y a vingt ans, Jackie tenait un salon de coiffure au Congo Brazzaville. «Moi, j'ai quitté l'Algérie en 2001, à cause des évènements, se souvient Khedoudja. Je voulais que mes enfants puissent grandir dans un environnement stable». Fatiha était professeur de littérature au Maroc. En arrivant à Bordeaux, en 2001, elle devient bénévole pour l'aide aux devoirs. Avec son diplôme en comptabilité, Hafsia gère les finances de l’association. C'est la plus ancienne: elle fréquente le centre social depuis qu'elle est toute petite.
Côté cuisine, cela se traduit par un fin mélange de traditions africaines et françaises. Dans leurs menus, le bœuf bourguignon côtoie le tajine et le baklava. Inventives, les quatre cordons bleus ont même imaginé un couscous aquitain, au canard et aux asperges. «Les gens ont adoré!», raconte Jackie.

Parrainées par un chef étoilé

Leur aventure culinaire a commencé il y a dix ans, autour de la table d'hôte solidaire du centre social. Avec d'autres femmes, elles assurent – bénévolement - les repas pour les artistes de passage à Bordeaux, lors des festivals. Elles y nouent une passion commune et une amitié profonde. En 2008, c'est le déclic. «On s'est dit, pourquoi ne pas monter notre propre entreprise?», raconte Khedoudja.
Avec le soutien du centre social, et de la mairie, elles apprennent à monter un dossier pour obtenir des aides, et enchaînent les formations, parfois au contact des plus grands. Le chef étoiléJean-Marie Amat, impressionné par leur énergie et leur talent, est ainsi devenu leur parrain. L'an dernier, il les a accueillies pendant un mois dans son restaurant, le Château du Prince noir.«Travailler en équipe, gérer une cuisine et gagner du temps, on avait beaucoup de choses à apprendre», confie Khedoudja.
Depuis, par fidélité comme par manque de moyens, elles continuent à cuisiner au centre. «Mais on commence vraiment à se sentir à l'étroit. Et puis ici, on manque de fours, de frigos... alors vous imaginez quand on a des buffets de 400 personnes!», explique Jackie. Saveurs métisses ne fonctionne qu'au bouche-à-oreille, mais les grosses commandes affluent. En contrat unique d’insertion (CUI), les quatre cuisinières comptent bien réussir à se salarier. La prochaine étape ? Ouvrir leur propre restaurant à Lormont. « Si tout va bien, ce sera chose faite en 2012… »,murmure la quinquagénaire.

«Femmes noires, mentalités blanches»

A l‘image de Saveurs métisses, de nombreux projets portés par les femmes issues de l’immigration émergent, depuis quelques années en Gironde. « Femmes noires, mentalités blanches » : c’est comme ça que les définit le Sénégalais Mar Fall. Dans son dernier livre (Présence africaine à Bordeaux, de 1916 à nos jours), le sociologue analyse la montée en puissance des femmes africaines dans la cité girondine.
Depuis quarante ans, il s’est beaucoup penché sur Le Bordeaux des Africains, nom d’un précédent ouvrage (1989). Mais à l’époque, les protagonistes sont surtout des hommes. Des ouvriers, artistes ou intellectuels qui ont laissé femmes et enfants au pays. Depuis, le regroupement familial a changé la donne. «Ce sont elles qui commandent, explique Mar Fall. Si vous sortez dans la rue à Bordeaux, qui vend ? Qui fait du business ? Elles.»
En Afrique aussi, les femmes travaillent, ce n’est pas nouveau. Les « Mama Benz » en sont le meilleur exemple. Ces redoutables commerçantes, ainsi surnommées pour leurs rutilantes Mercedes Benz, dirigent le commerce prospère du tissu sur les marchés de Cotonou et de Lomé. Seulement, en France, loin de la famille élargie à qui l’on doit rendre des comptes, le face-à-face avec leur mari a sans doute profité aux femmes.
«Pour moi, cela a été un véritable défi, raconte Khedoudja. J’ai du obliger mon mari à accepter ma nouvelle situation». Femme au foyer, elle s’est toujours occupée de ses enfants – les plus jeunes ont sept et dix ans -, tandis que son mari travaille en intérim sur des chantiers de construction. Avec Saveurs métisses, il lui arrive de rester au centre social jusqu’à trois heures du matin, s’il le faut, pour terminer une grosse commande. «Finalement, tout le monde s’est habitué à mon nouveau rythme, je prépare les repas à l’avance, on se débrouille», raconte la maman.

Rentrer au pays? Pas question!

Pour Mar Fall, les femmes africaines sont parvenues à obtenir «un statut beaucoup plus enviable ici que là-bas». Cette émancipation passe par une meilleure maîtrise des naissances, grâce au planning familial et à la contraception. Par un véritable activisme associatif, également, en luttant contre la pratique de la polygamie ou de l'excision.
C'est le cas de l'Union des travailleurs sénégalais de France (UTSF), dont trois quart des membres sont des femmes. Avec plus de mille cotisants, c'est la plus importante association de ressortissants africains en Gironde, précise l'universitaire Mar Fall. Pour faire entendre sa voix, l'UTSF organise chaque année une journée de la femme africaine. Et il y a Les Pagneuses, une compagnie de théâtre réservée aux membres féminins, qui allient l'utile à l'agréable. «Nous nous amusons beaucoup, mais c'est aussi une façon de faire de la sensibilisation, d'expliquer aux femmes qu'elles ont des droits», explique Jackie, qui cumule les talents de cuisinière et de comédienne.
Face à ces femmes puissantes, les hommes, dont le projet initial était souvent de rentrer au pays après quelques années, ont du se faire une raison. «Pour celles qui se sont battues, qui bossent et qui maîtrisent leur vie ici, il est hors de question de repartir», affirme Mar Fall. Et puis il y a les enfants, qui ont grandi ici. Logiquement, ils poursuivront également leurs études dans l'Hexagone. Un sourire en coin, le sociologue se souvient d'une conférence à laquelle il a participé, au début des années 1990. Face à la diaspora, il explique qu'il ne croit pas du tout au retour des familles dans leur pays d'origine. «Ca a déclenché un tollé. Les hommes n'étaient pas du tout d'accord. Et aujourd'hui, ils sont encore tous là!»
Celia Lebur